Plongée dans un nid de vipères

"La Vipère" / Crédit photo : Arno Declair.

« La Vipère » / Crédit photo : Arno Declair.

Thomas Ostermeier n’est jamais aussi bon que lorsqu’il fait du théâtre. Pas d’esthétisme – comme dans ce Mort à Venise passablement raté (Théâtre de la Ville, 2014) – mais du théâtre dans ce qu’il a de plus simple et de plus brut. Un théâtre teinté, cette fois-ci, d’une couleur presque cinématographique tant le décor (un piano, un double escalier et quelques éléments de mobilier) est dépouillé et laisse tout le plateau pour les comédiens – magnifiques – de la Schaubühne.

Au premier plan, Regina (Nina Hoss), la fameuse « vipère », à la fois femme et sœur, à faire pâlir le plus aguerri des méchants du cinéma. Sœur de deux hommes qui attendent le consentement de son mari, gravement malade, pour mener à bien un investissement qui pourrait rapporter très gros à chacun. En retrait, se trouve Birddie, la belle-sœur alcoolique de Regina. Mi-soumise, mi-émancipée, elle tente de faire éclater quelques vérités au milieu de nid de vipères. Car, là, il n’y a pas qu’une seule et unique vipère mais plusieurs qui se mentent les unes les autres dans l’espoir de tirer la majeure partie du butin à venir, sans anticiper les dégâts que cela peut causer.

Comme un air d’Almodóvar

De cette supercherie perfide, Ostermeier tire un spectacle chirurgical, froid en étroit reflet avec ces personnages dénués de toute humanité, comparable à ce qu’Almodóvar avait pu créer avec La Piel que habito. Car ici, les vicissitudes et les pans les plus sombres de la nature humaine sont décortiqués au scalpel cru et froid d’Ostermeier : mensonge et trahison sont les lieux communs de cette famille qui n’a de famille que les liens biologiques qui les unissent.

Seul persiste le lien entre Alexandra et son père, malade. Seule la fille distille de l’amour à un père au destin crépusculaire. Alors que les autres n’attendent de lui qu’une signature, que des millions pour parachever leur petite entreprise. Et, devant sa résistance savamment organisée, ils trouveront le moyen de le faire plier, malgré lui, dans une scène finale comme paroxysme d’une humanité qui a quitté la moindre petite cellule de la quasi-totalité des protagonistes.

La Vipère (The little foxes) de Lillian Hellman, mise en scène de Thomas Ostermeier, jusqu’au 6 avril 2014 au Théâtre des Gémeaux à Sceaux. Durée : 2h15. ****

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s