Le magicien Pommerat n’aura pas suffi

"Une année sans été" / Crédit photo : Elizabeth Carecchio.

« Une année sans été » / Crédit photo : Elizabeth Carecchio.

Non, même Joël Pommerat ne fait pas de miracle. Non, même celui qui est devenu au fil de ses spectacles (Cendrillon, La réunification des deux Corées, Ma chambre froide…) la coqueluche du public parisien ne réussit pas à transfigurer un texte trop faible – qui pour la première fois n’était pas le sien. Non, même lui ne parvient pas à faire s’envoler un spectacle sans un comédien principal avec les épaules assez solides.

Oui, dans cette Année sans été, il y a tous les ingrédients de mise en scène qui font un bon Pommerat : les lumières, d’abord, qui subliment les comédien(ne)s, la musique, ensuite, qui permet à quelques tirades de prendre une tournure plus poétiques, la direction des acteurs, enfin, irréprochable comme souvent. Oui mais tout cela ne suffit pas. Cela ne suffit pas à nous faire entrer dans ce texte aux accents légèrement vieillis, ce passage de l’enfance à l’âge adulte qui, s’il paraitrait atemporel et universel, n’en est pas moins servi avec un paquet cadeau couleur sépia, hors du temps et, surtout, plus dans le nôtre.

Ébloui par les lumières

Or, ce que l’on attend avec Joël Pommerat, tant au niveau de la mise en scène que du texte, c’est de la modernité, un spectacle d’aujourd’hui. Un spectacle qui s’échine à décrypter les ravages du travail (Au monde, Les marchands) ou ceux de l’amour (La réunification des deux Corées). Mais un spectacle actuel, pas celui d’hier, avec des costumes du début du XXe siècle, quelques références à la Grande Guerre qui approche, Paris qui a encore collé à la peau son statut de « Ville Lumière » ou la mythologie de l’écriture et de la poésie qui ne portent plus en elles les mêmes symboles aujourd’hui qu’au début du siècle dernier. A quoi bon, donc, monter un tel texte là, ici, maintenant ? Même la langue utilisée n’est pas assez belle pour le justifier.

Si Garance Rivoal et Carole Labouze font le job, le jeu de Franck Laisné se révèle beaucoup plus faible. Comme quelque chose qui sonne faux, comme un texte auquel il ne croit pas et qui, par un jeu de dominos, empêche le spectateur d’atteindre – si elle existe – sa substantifique moelle. Une fausseté qui se gomme à la toute fin de la pièce mais qui ne parvient pas à rattraper un spectateur déjà perdu, ébloui par la beauté des lumières de Pommerat.

Une année sans été de Catherine Anne, mise en scène de Joël Pommerat, au Théâtre de l’Odéon (Ateliers Berthier – Paris) jusqu’au 4 mai. Durée : 1h10. **

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