Le Misanthrope version Hervieu-Léger : l’élégance à la Française

"Le Misanthrope" / Crédit photo : Brigitte Enguérand.

« Le Misanthrope » / Crédit photo : Brigitte Enguérand.

La magie de la mise en scène. Comment, avec exactement le même substrat – à savoir ici le texte de Molière -, peuvent naître deux spectacles aussi différents ? A tel point que l’impression de ne pas voir la même pièce flotte dans l’air. Il y a eu, il y a peu, « Le Misanthrope » version Michel Fau : costumes d’époque, mise en scène appuyée, rythme effréné, texte écrasé, décor chiche. Il y a dorénavant « Le Misanthrope » version Clément Hervieu-Léger : costumes atemporels, mise en scène fine et intelligente, rythme lent, texte mis en valeur, décor de toute beauté.

Deux écoles s’affrontent et deux clans se dessinent chez les spectateurs : d’un côté, ceux trouvant « Le Misanthrope » de Fau fougueux et rayonnant et celui d’Hervieu-Léger terne et ennuyeux ; de l’autre, Fau est accusé de bouffonnerie légère et Hervieu-Léger de metteur en scène malin. Il est aisé de comprendre que je fais partie du deuxième clan.

Le texte, rien que le texte

Dans cette salle Richelieu de la Comédie-Française résonne, pendant près de 3 heures, le texte de Molière. Il résonne sans être hurlé, sans être crié, juste poussé par des comédiens qui ont du coffre et du talent. Alors, oui, parfois, Loïc Corbery en fait peut-être un petit peu trop, poussant les accès de bile d’Alceste contre l’hypocrisie régnant à la cour (presque) jusqu’à la fausseté. Mais que cette mise en scène est intelligente, rendant ses lettres de noblesse à la complexité du personnage d’Alceste, sa noirceur à cette pièce que l’on nous présente comme une comédie de moeurs.

Avec ce prisme de lecture, tout s’éclaire enfin. On comprend comment Célimène a pu embobiner tous ses prétendants, comment ils ont pu croire les uns après les autres avoir emporté le coeur de la belle. Une révélation qui ne peut naître – et se transforme en incompréhension – si toute la pièce est jouée comme une comédie classique, avec toute la légèreté qu’elle suppose.

Cette légèreté faisait défaut au spectacle de Fau qui, servi par un décor a minima, ne parvenait pas à capter la grandeur de la pièce. Ici, le décor (signé Eric Ruf) fait partie intégrante du spectacle. Les comédiens jouent avec, le domptent en se servant des escaliers comme autant d’échappatoire quand Molière, lui, ne précise pas (ou peu) à quel moment tel ou tel personnage quitte la scène. Au metteur en scène, donc, de prendre un parti pour faire apparaître ou disparaître tel ou tel acteur. Là où Fau écrasait le texte, Hervieu-Léger le met en valeur, sans pour autant être trop révérencieux. On ne pouvait pas en attendre moins dans la maison de Molière.

Le Misanthrope ou l’Atrabilaire amoureux de Molière, mise en scène de Clément Hervieu-Léger, à la Comédie-Française (Paris) jusqu’à 17 juillet. Durée : 2h50 avec entracte. ****

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