La réincarnation du Roi Lear

"Le Roi Lear" / Crédit photo : Christian Ganet.

« Le Roi Lear » / Crédit photo : Christian Ganet.

Le décor comme une arène. Au centre : le Roi Lear, incarné par Serge Merlin. Ce « vieux Prince » qui, sombrant dans la folie, décide de partager son royaume pour l’offrir à deux de ses filles, quand la troisième – pourtant la plus aimante – ne méritera qu’un exil français. En retour, avides de leur nouveau pouvoir, les deux reines n’auront de cesse de traquer leur père pour lui donner la mort.

À un âge que l’on ne demande plus – même aux Messieurs – on attendait un Serge Merlin assis sur un trône, comme cela avait pu être le cas dans « Fin de partie » l’an passé à l’Odéon. Mais, c’était sans compter que le personnage du Roi Lear demande plus : de la fougue, de l’emportement, de la prestance et un zeste de folie qui devient pathologique à mesure que la pièce avance. Une exigence que le comédien remplit avec brio pendant près de 4 heures. Serge Merlin ne se contente pas de jouer le Roi Lear mais l’incarne, lui donne vie, parvenant à subjuguer et à toucher les spectateurs, notamment dans la deuxième partie du spectacle. Une performance qui le remplit de joie autant qu’elle le fatigue à la vue de son sourire béat et de ses traits tirés lors du salut.

La perversion du pouvoir

Servi par un bel ensemble de comédiens et une scénographie ingénieuse, qui permet aux forces en présence de tomber à bras raccourcis sur les personnages tour à tour au centre de l’arène, Christian Schiaretti signe une mise en scène très politique et épique où le pouvoir – et son désir – et la façon qu’il a de pervertir les têtes et les cœurs se trouvent au centre de la pièce.

Seul bémol : une diction parfois hasardeuse et, surtout, un texte que l’on a souvent des difficultés à entendre tant le son se disperse dans cette immense salle du Théâtre de la Ville. Des comédiens à voix nue, sans sonorisation, qui ont toutes les difficultés du monde à faire porter leurs tirades au-delà d’un certain nombre de rangs, surtout lorsqu’ils jouent dos au public. Quel dommage pour un si beau texte, traduit de surcroît avec toute la poésie d’Yves Bonnefoy.

Albany – « Il nous faut subir le fardeau de cette triste époque ; dire ce que nous sentons, non ce que nous devrions dire. Les plus vieux ont le plus souffert. Nous qui sommes jeunes, nous ne verrons jamais tant de choses, nous ne vivrons jamais si longtemps. » (V, III)

Le Roi Lear de William Shakespeare, mise en scène de Christian Schiaretti au Théâtre de la Ville (Paris) jusqu’au 28 mai. Durée : 4 heures (entracte compris). ****

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