Le Macbeth de Mnouchkine : un retour au théâtre artisanal

"Macbeth" / Crédit photo : Michèle Laurent

« Macbeth » / Crédit photo : Michèle Laurent.

Il existe des metteurs en scène qui utilisent l’image – parfois à outrance – d’autres la sonorisation – souvent par obligation. Mais Ariane Mnouchkine n’est pas de ceux là. Dans son Théâtre de la Cartoucherie, où elle célèbre cette année les 50 ans du Théâtre du Soleil, la metteuse en scène donne naissance au théâtre comme elle l’a toujours fait : le plus artisanalement possible. Dans ce Macbeth, les comédiens sont à voix nue, la musique est jouée en temps réel par un seul homme dont on ne donne plus l’âge et les décors semblent tout droit sortis d’ateliers maison ou du Emmaüs du coin.

Et de ces décors, de ce théâtre à l’ancienne, se dégage une étrange atmosphère – auquel le lieu, qui se métamorphose à chaque nouveau spectacle, n’est pas étranger – celle d’une ambiance des années 1950, au temps des films couleur sépia, un peu passés de mode mais toujours aussi modernes plus de soixante ans plus tard. Au travers de la vingtaine de tableaux qu’elle nous propose, la pièce se métamorphose aussi vite que toute la troupe qui s’affaire à transformer de fond en comble le plateau, le plus rapidement possible, et souvent à découvert, pour mettre en place chaque nouveau décor.

A corps et à coeur

Pour Mnouchkine, peu importe de montrer que, oui, nous sommes bien au théâtre, tout en gardant l’illusion, à chaque fois que le nouveau décor est en place, que la pièce est vivante, que Macbeth, ce général victorieux qui se meut en roi fou et sanguinaire miné par deux assassinats originels qui l’ont conduit aux manettes, est bien là, que tout cela est bien réel.

Nul besoin d’artifice outrancier pour nous faire entrer dans la pièce. Certes, certains comédiens sont un peu faibles, d’autres ratent le coche de leur texte et se reprennent, mais tout cela n’est pas gênant et participe de ce cadre artisanal dans laquelle la pièce est contenue toute entière. Mnouchkine fait corps et coeur avec son Théâtre. On pourra voir derrière tout ça un concept, un coup marketing, une tendance au old school. Mais ce serait remettre en cause la sincérité même de cette metteuse en scène qui charme les spectateurs pendant près de 4 heures avec une pièce qui pourtant a près de 400 ans. Mnouchkine ne veut pas faire moderne mais l’est pourtant follement. Certains seraient bien avisés de s’en inspirer.

Macbeth de William Shakespeare, mise en scène par Ariane Mnouchkine à la Cartoucherie (Vincennes) jusqu’au 13 juillet. Durée : 3h50. ****

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Singspiele, ou l’art de se moquer du spectateur

"Singspiele" / Crédit photo : B. Lebreton.

« Singspiele » / Crédit photo : B. Lebreton.

Certes, derrière Singspiele, il y a une idée. Une bonne idée même. Se muer dans la peau de personnages connus ou moins connus à l’aide d’un « masque » duquel des feuilles de papier volantes se détachent, les unes à la suite des autres, au gré des visages qui apparaissent et des vêtements que le comédien enfile une heure durant. Oui, mais voilà, Maguy Marin a cru qu’avec une seule (bonne) idée, elle pouvait faire un spectacle. Or, et son expérience le lui a déjà enseigné, ce n’est pas le cas.

Passées les dix premières minutes, tout devient poussif. Si le public réagit timidement en début de représentation, la flamme s’éteint progressivement. C’est alors que la tête de ma voisine est attirée naturellement par la gravité, que celle de mon voisin est défigurée par des bâillements à s’en décrocher la mâchoire. Certains s’accrochent, tentent de comprendre en lisant et relisant le fascicule d’intention distribué à l’entrée de la salle mais rien n’y fait, la réalité est brutale : il n’y aura rien de plus que cet effeuillage vestimentaire et facial pendant soixante (longues) minutes.

« Pas la culture pour comprendre »

Au théâtre, comme en danse, un bon spectacle nécessite une progression, de l’émotion. Là, rien de tout cela. Les personnages sont toujours suggérés, jamais incarnés. Tout juste peut-on sauver David Mambouch
 qui, et cela n’a rien d’évident, s’habille et se déshabille sans jamais rien voir, son regard entravé par ce fameux masque.

Quand, au sortir d’une représentation, une spectatrice s’exclame qu’elle n’a pas « la culture pour comprendre », tout est raté. Maguy Marin ne semble plus créer que pour son club d’aficionados qui s’affine au fil des années. Créer pour ceux qui y verront toujours du génie. Maguy Marin a oublié que le théâtre et la danse doivent s’adresser à tous et pas seulement à une bande d’happy few qui, quoi qu’elle fasse, éructeront des « bravos » en fin de représentation.

Singspiele, conçu par Maguy Marin, au Théâtre de la Cité internationale (Paris) jusqu’au 7 juin. Durée : 1h. °