Singspiele, ou l’art de se moquer du spectateur

"Singspiele" / Crédit photo : B. Lebreton.

« Singspiele » / Crédit photo : B. Lebreton.

Certes, derrière Singspiele, il y a une idée. Une bonne idée même. Se muer dans la peau de personnages connus ou moins connus à l’aide d’un « masque » duquel des feuilles de papier volantes se détachent, les unes à la suite des autres, au gré des visages qui apparaissent et des vêtements que le comédien enfile une heure durant. Oui, mais voilà, Maguy Marin a cru qu’avec une seule (bonne) idée, elle pouvait faire un spectacle. Or, et son expérience le lui a déjà enseigné, ce n’est pas le cas.

Passées les dix premières minutes, tout devient poussif. Si le public réagit timidement en début de représentation, la flamme s’éteint progressivement. C’est alors que la tête de ma voisine est attirée naturellement par la gravité, que celle de mon voisin est défigurée par des bâillements à s’en décrocher la mâchoire. Certains s’accrochent, tentent de comprendre en lisant et relisant le fascicule d’intention distribué à l’entrée de la salle mais rien n’y fait, la réalité est brutale : il n’y aura rien de plus que cet effeuillage vestimentaire et facial pendant soixante (longues) minutes.

« Pas la culture pour comprendre »

Au théâtre, comme en danse, un bon spectacle nécessite une progression, de l’émotion. Là, rien de tout cela. Les personnages sont toujours suggérés, jamais incarnés. Tout juste peut-on sauver David Mambouch
 qui, et cela n’a rien d’évident, s’habille et se déshabille sans jamais rien voir, son regard entravé par ce fameux masque.

Quand, au sortir d’une représentation, une spectatrice s’exclame qu’elle n’a pas « la culture pour comprendre », tout est raté. Maguy Marin ne semble plus créer que pour son club d’aficionados qui s’affine au fil des années. Créer pour ceux qui y verront toujours du génie. Maguy Marin a oublié que le théâtre et la danse doivent s’adresser à tous et pas seulement à une bande d’happy few qui, quoi qu’elle fasse, éructeront des « bravos » en fin de représentation.

Singspiele, conçu par Maguy Marin, au Théâtre de la Cité internationale (Paris) jusqu’au 7 juin. Durée : 1h. °

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