Au Français, Guillaume Gallienne écrase la famille Borgia

Lucrèce Borgia / Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

Lucrèce Borgia / Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

On attendait beaucoup de ce Lucrèce Borgia. Peut-être trop. Il faut dire que la Comédie Française n’y était pas allée de main morte en sortant sa dream team pour prendre en charge cette pièce de Hugo : Podalydès aux manettes, Gallienne dans le rôle éponyme, sans compter Christian Hecq en Gubetta et Eric Ruf en Don Alphonse, pour ne citer qu’eux. Et pourtant, pourtant, le pari n’est qu’à moitié réussi.

Drame par excellence de l’oeuvre de Victor Hugo, il ne reste avec cette mise en scène de Denis Podalydès que le squelette, c’est à dire le texte, pour qualifier cette pièce de drame. L’académisme de la mise en scène, sans parti pris réel, étouffe les sentiments, calfeutre l’émotion, fourvoie le spectateur qui – souvent – se met à rire pour un rien face au désespoir de cette femme qui ne parvient pas, par honte de ses actes passés et de son patronyme, à avouer à son fils qu’elle est sa mère.

Et de cette femme, il ne reste aussi que le squelette, ou plutôt le nom. En choisissant Guillaume Galienne pour incarner Lucrèce, Podalydès se livre à un choix aussi intriguant que facile : on ne compte plus les rôles, au théâtre comme au cinéma, où Gallienne enfile des robes pour incarner des femmes. Mais, cette fois, il ne s’agissait pas d’incarner sa mère, comme il avait pu le faire dans Les Garçons et Guillaume, à table !, mais un personnage d’une toute autre envergure dramatique qu’il n’arrive vraisemblablement pas à saisir.

Le compte n’y est pas

Le rôle de Lucrèce était-il donc trop grand pour Gallienne ? Cette fois, le talentueux comédien se heurte à un mur ne sachant quel registre employé et frôlant souvent la fausseté (comme dans cette scène finale, en forme d’apothéose émotionnelle de la pièce). On le trouve perdu dans ses habits, perdu dans ce rôle, qu’il affadit par mégarde, donnant un goût bien terne à l’ensemble de la pièce. Parfois braillard, souvent en dedans, l’osmose ne se fait pas.

Alors, à qui la faute ? A Denis Podalydès qui n’a pas osé diriger celui qui est devenu, depuis quelques mois (années ?), la star du Français ? Ou à Gallienne qui s’est piqué de jouer un nouveau rôle de femme, en s’y cassant les dents et en n’y prenant au bout du compte que très peu de plaisir ? Dans tous les cas, cette distribution ne se justifiait pas tant Podalydès ne fait rien de cet élément qui pouvait pourtant se révéler intéressant. En revanche, le contre-emploi est réussi pour Gennaro, très justement incarné par Suliane Brahim, qui donne ses traits androgynes au personnage.

Finalement, dans cette distribution de « stars », seuls Christian Hecq et Eric Ruf remplissent leurs contrats en incarnant Gubetta, le fidèle serviteur de Lucrèce, et Don Alphonse, son quatrième mari jaloux. Mais il aura manqué du souffle à cette représentation, sans doute un brin de folie qui aurait pu tout enchanté. Au sortir de la salle, si le bilan n’est pas mauvais, le compte n’y est pas.

Lucrèce Borgia de Victor Hugo, mise en scène de Denis Podalydès, à la Comédie Française jusqu’au 20 juillet. Durée : 2h10. ***

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