Raoul, l’étrange one-man-show schizophrène de James Thierrée

"Raoul" de James Thierrée / Crédit photo : Richard Haughton.

« Raoul » de James Thierrée / Crédit photo : Richard Haughton.

Tout ce spectacle n’aura été qu’un immense balancier. En reprenant Raoul à l’Opéra Comique dans le cadre du festival Paris Quartier d’été – spectacle avec lequel il triomphe depuis 5 ans -, James Thierrée propose aux spectateurs – conquis, il faut l’avouer – un bien étrange moment. Oui, les néophytes auront été subjugués par la beauté des décors, par cet univers qui effraie autant qu’il fascine, mais les plus aguerris et non-inconditionnels seront restés sur leur faim.

A l’opposé de son Tabac rouge, le prodige du cirque contemporain décide ici de se valoriser, lui, seul en scène, en tant que comédien. Un curieux one-man-show se met alors en place où alternent les moments d’une rare beauté esthétique et émotionnelle – lorsque les décors reprennent toute leur place – et les instants poussifs, qui s’étirent. Ces moments où le comédien se retrouve seul en première ligne avec la volonté de faire rire la salle, chose qui lui sied visiblement moins bien que la noirceur à laquelle il nous a habitués.

Superstar

Car la beauté du propos de Thierrée se trouve toute entière contenue dans la tragédie qu’il nous sert, celle de ce Raoul, figure déchue, frappé de schizophrénie ou accompagné d’un ami imaginaire, selon les points de vue, qui se débat avec l’univers hostile dans lequel il est contraint d’évoluer.

Lorsque Thierrée quitte ce registre, il s’adonne alors à un comique de gestes et de répétitions lourd et poussif. Enchainant les tentatives comme on enfile les perles, sans conviction, sans logique évidente, comme ces romanciers qui tirent à la ligne et n’ont qu’une obsession : celle de meubler la page blanche. Habituellement, les stars d’une création de James Thierrée sont les décors et les créatures qui apparaissent et disparaissent au fil du spectacle. Ici, tout est organisé autour de lui, tout n’est que prétexte à faire enfler l’ego scénique – déjà correctement dimensionné – d’un comédien et metteur en scène devenu super star d’un style qui lui est propre, mais qu’il utilise au lieu de le servir.

Raoul, de et par James Thierrée, à l’Opéra Comique (Paris) jusqu’au 25 juillet. Durée : 1h40. **

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Une réflexion sur “Raoul, l’étrange one-man-show schizophrène de James Thierrée

  1. Pour moi, ce fut un spectacle intense et magnifique. Vu il y a 3 ou 4 ans, son souvenir reste ancré en moi. Un spectacle, il me semble, où chaque spectateur, quel que soit son âge, peut trouver de quoi nourrir son âme.

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