Cet enfant n’est pas (toujours) un bonheur

"Cet enfant" / Crédit photo : Elizabeth Carecchio.

« Cet enfant » / Crédit photo : Elizabeth Carecchio.

Joël Pommerat a trouvé l’arme infaillible pour toucher au cœur ses spectateurs : la simplicité. Simplicité de la langue, d’abord, qui ressemble à s’y méprendre à celle que tout un chacun utilise au quotidien ; simplicité du jeu et des scènes, ensuite, qui confère à ses comédiens – tous bons à l’état brut – l’apparence de la stricte et dure réalité ; simplicité de la mise en scène, enfin, qui, par un jeu de clair-obscur que les habitués du metteur en scène reconnaîtront sans peine, n’est là que pour sublimer le texte et le jeu des comédiens.

Par cette simplicité qui irrigue la dizaine de scènes, indépendantes les unes des autres, que nous présente – à nouveau puisque le spectacle a été créé en 2006 – Joël Pommerat dans « Cet enfant » au Théâtre des Bouffes du Nord, le metteur en scène et auteur parvient à l’universalité, à toucher du doigt ces situations communes qui résonneront dans la tête de chacun des spectateurs en fonction de leur propre passé et de l’état de leur cellule familiale, à supposer que celle-ci existe encore.

La force de sa faiblesse

Car loin de sublimer le rapport parent-enfant, Pommerat s’attache à décrire les convulsions de la famille. Non, avoir un enfant n’est pas (toujours) un bonheur, non la famille n’est pas (toujours) un refuge, non elle n’est pas (toujours) une cellule qui isole et protège des affres du monde extérieur. L’image d’Épinal est à terre. Dans « Cet enfant », la cellule familiale est avant tout un boulet parce qu’elle est synonyme de rejet, de rancœur, parce qu’elle brille par son absence ou, tout simplement, parce que cette mère ou ce père n’a pas répondu aux exigences sociales de réussite familiale que lui impose toute la société, notamment lorsque le rapport parent-enfant s’est complètement inversé.

Mais ce spectacle a la faiblesse de sa force. Car, de cette simplicité, nait dans certaines scènes – mais pas la majorité – un texte trop faible, qui manque de puissance. Si, contrairement à la saison dernière avec « La grande et fabuleuse histoire du commerce » et « Une année sans été », on retrouve cette fois le « vrai » Pommerat, « Cet enfant » n’a pas la force de « Ma chambre froide » ou encore de « La réunification des deux Corées », où la langue est aussi simple mais incroyablement plus puissante.

Cet enfant, écrit et monté par Joël Pommerat au Théâtre des Bouffes du Nord (Paris), jusqu’au 27 septembre. Durée : 1h10. ***

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