Avec « Le Capital et son singe », Crezevault et sa troupe ressuscitent avec brio la pensée socialiste

"Le Capital et son singe" / Crédit photo : La Colline.

« Le Capital et son singe » / Crédit photo : La Colline.

Au sortir d’un spectacle, une seule et même question se pose souvent : pourquoi avoir monté telle pièce ou tel texte à ce moment précis ? Quel sens cela peut-il vraiment bien avoir, si on replace le théâtre dans son acception première d’art vivant en symbiose, voire au centre de la cité ? Dans le cas du « Capital et son singe », il ne faut pas longtemps pour répondre à cette interrogation. Alors que la pensée socialiste actuelle est chancelante – à l’instar de toute la classe politique qui manque d’une boussole, et donc d’une vision -, que la France, voire le monde, traverse une crise économique muée en crise sociale majeure qui invite les citoyens à questionner un modèle en bout de course et, qui sait, à en réinventer un nouveau, un retour historique sur les suites de la révolution de 1848, et sur la révolte spartakiste de l’Allemagne de 1919, tombe à point nommé, comme un écho à deux périodes où, là aussi, tout était à terre et donc tout semblait possible.

Pour emmener le spectateur à la base de la pensée socialiste, Sylvain Creuzevault et sa troupe ont décidé de donner corps et âme sur le plateau bi-frontal du Théâtre de la Colline à ceux qui ne sont connus aujourd’hui que parce qu’ils ont donné leurs noms à des stations de métro, à des avenues ou des boulevards parisiens. Non, Barbès n’est pas toujours annexé à Rochechouart, non Raspail n’est pas seulement une station de métro entre Vavin et Denfert-Rochereau, non Auguste Blanqui n’est pas uniquement un long boulevard de macadam entre Place d’Italie et Denfert-Rochereau. Creuzevault nous rappelle ici que ce sont avant tout des intellectuels de gauche, trop souvent oubliés, qui ont œuvré pour une société nouvelle alors que l’ancienne chancelait sur ses bases.

Tout vient de la base

C’est donc autour d’une grande table que tout ce petit monde prend vie, à coups de bouteilles d’alcool, s’écharpe et tente d’échafauder un nouveau monde en questionnant les modes de production de la société d’alors, qui ne sont pas si loin de ceux que l’on connait aujourd’hui. Au détour d’une phrase, des concepts socialistes et marxistes apparaissent, expliqués de façon très didactique, distillés comme on le ferait quand, avec des amis, lors d’une nuit souvent trop arrosée, on en vient à refaire le monde, à critiquer la société et à élaborer des plans et des concepts nouveaux.

Alors, tout cela pourrait tomber dans une pédanterie intellectuelle ravageuse mais il n’en est rien. Creuzevault et sa bande de talentueux comédiens ont opté pour la fausse comédie qui dynamite ces moments historiques lourds (et avec eux le théâtre classique) : le voici le « singe » adjoint dans le titre de la pièce au « Capital ». Si le rire est moderne, il n’en est pas pour autant moins fin, emmené par des comédiens qui prennent plaisir à jouer, voire à improviser, comme ils l’ont fait d’ailleurs pour créer ce spectacle.

Et cela se sent, tant tout est fluide, tant on sent encore, en filigrane, les rires des répétitions sur telle ou telle scène. Le brio de la pièce de Creuzevault réside dans ce collectif : rien n’est imposé, tout est construit. Dans cette pièce, tout émane de la base, le comédien n’est pas asservi à un texte qu’un metteur en scène lui aurait imposé, c’est lui qui l’a crée, avec ce qu’il est, avec ce qu’il pense être juste.

Le Capital et son singe, à partir du Capital de Karl Marx, mise en scène de Sylvain Creuzevault au Théâtre de la Colline (Paris) jusqu’au 12 octobre. Durée : 2h45. ****

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