Au Théâtre de la Ville, Claus Peymann a manqué de Courage

"Mère Courage" / Crédit Photo : Monika Rittershaus.

« Mère Courage » / Crédit Photo : Monika Rittershaus.

Il y a des soirs comme ça où le compte n’y est pas. Avec ce Mère Courage qu’il présente au Théâtre de la Ville, soixante ans après Brecht lui-même, Claus Peymann est victime d’une métaphore culinaire : tous les ingrédients sont là pour présenter un met d’exception, mais la patte du cuisinier n’imprime pas… Le plat, que l’on attendait grandiose, s’en trouve alors affadi et ne fait qu’alimenter la frustration des convives.

Pourtant le directeur du Berliner Ensemble a toutes les cartes en main. D’abord, cette troupe de comédiens formidables, emmenée par la talentueuse Carmen-Maja Antoni, dont les capacités scéniques ne sont plus à démontrer après les nombreux succès qu’ils ont plus ou moins récemment rencontrés, notamment sur la scène du Théâtre de la Ville (Lulu, La Résistible ascension d’Arturo Ui, Peter Pan…). A cela s’ajoute six musiciens qui donnent à la dizaine de tableaux que comptent la pièce une tonalité phonique intéressante.

Trop respectueux de Brecht ?

Mais que deviendrait tout ce petit monde sans ce texte fort, qui compte parmi les meilleurs de Brecht ? L’histoire de cette Mère Courage, profiteuse de la Guerre de Trente Ans qui, sous couvert de vouloir protéger ses trois enfants, ne vit que pour le commerce auprès des soldats à qui elle propose divers produits, du schnaps à la boucle de ceinture, tous contenus dans cette carriole qui ne la quitte jamais. Une petite entreprise qui l’encourage à célébrer cette guerre qui profite à ses affaires, en même temps qu’elle coûte la vie à ses protégés.

Malgré cet excellent ensemble, la mise en scène manque d’audace, de modernité et, globalement, de souffle. D’autant que, chaque fois que le spectacle s’envole, il est brusquement interrompu par un noir – souvent silencieux – entre chaque tableau qui brise la dynamique enfin trouvée. Peut-être Peymann a-t-il trop voulu respecter la pièce – et la vision de celle-ci – du dramaturge allemand ? Dans tous les cas, en collant ainsi aux directives brechtiennes, le metteur en scène s’efface et signe un spectacle propre mais sans relief. Même si la seconde partie est plus réussie que la première et que quelques tableaux sont particulièrement touchants, l’ensemble subit toujours les relents datés de la mise en scène. Si, il ne faut pas s’y tromper, le spectacle est globalement bon, on ne peut pas s’empêcher d’y voir, malgré tout, un certain gâchis.

Mère Courage de Bertolt Brecht, mise en scène de Claus Peymann avec les comédiens du Berliner Ensemble, au Théâtre de la Ville (Paris) jusqu’au 26 septembre. Durée : 3h, entracte compris. ***

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