« La Mouette » de Bélier-Garcia peine à s’envoler

"La Mouette" / Crédit photo : Stéphane Tasse.

« La Mouette » / Crédit photo : Stéphane Tasse.

Que faire de ses illusions de jeunesse ? Comment se réaliser soi-même, exister, vivre ses amours et ses passions alors que tout vous pousse à l’inertie ? Toutes les turpitudes de l’âme russe s’exposent – comme chaque fois chez Tchekhov – au travers de cette « Mouette », montée par Frédéric Bélier-Garcia au Théâtre des Amandiers-Nanterre.

On y retrouve Nina (Ophélia Kolb), jeune provinciale attirée par les lumières de la scène, Treplev (Manuel Le Lièvre), jeune auteur incompris, Arkadania (Nicole Garcia), sa mère, grande actrice imbu d’elle-même et partisane du théâtre bourgeois qui l’a fait émerger, accompagnée par Trigorine (Magne-Håvard Brekke), cynique écrivain reconnu à travers tout Moscou… Et tous les autres qui gravitent autour de ces quatre piliers, chancelants, qui par des jeux de passion inassouvie (désirée par Macha, la domestique, Treplev aime Nina qui aime Trigorine qui est aimée par Arkadania) se retrouvent inertes, comme médusés, dans cette maison de campagne qui, malgré son cadre idyllique, ne sera que le tombeau de toutes leurs aspirations.

Anesthésie

Et c’est dans un décor et une ambiance « chic et sobre », quasi baroque, que Frédéric Bélier-Garcia a décidé de faire vivre cette « Mouette ». Une représentation honnête de la pièce, fidèle au texte de Tchekhov, mais qui est bien trop classique pour véritablement prendre son envol et emmener le public avec elle. Alors qu’il n’est question que de passion amoureuse, les comédiens en manquent cruellement. Comme si les aspirations de vitalité étaient étouffées par cette ambiance bien trop feutrée.

Difficile de percevoir l’intensité des sentiments, leur évolution, voire même leur sincérité tant le tout manque d’une direction d’acteurs claire et déterminée qui permettrait de marquer plus profondément l’évolution des personnages, clef dans cette histoire qui est celle d’un échec. On sent l’abîme qui vient mais rien ne va crescendo, tout est joué sur le même plan, sans relief particulier, sauf à de très rares moments où, sur une scène ça et là, les comédiens ont trouvé le ton juste. Mais aussi lors de ces intermèdes qui, grâce aux lumières de Roberto Venturi, soulignent le drame qui vient. On aurait voulu vibrer au rythme de cette destruction programmée. Malheureusement, on reste scotché à son siège, sans révolte, sans amertume, mais avec un petit goût d’inachevé, comme englué, anesthésié.

La Mouette d’Anton Tchekhov, mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia au Théâtre des Amandiers-Nanterre jusqu’à 12 octobre. Durée : 2h30. **

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