« Rien de moi » dissèque les ravages de la passion amoureuse

"Rien de moi" / Crédit photo : Théâtre de la Colline.

« Rien de moi » / Crédit photo : Théâtre de la Colline.

Le théâtre a parfois quelque chose de chirurgical. Lorsqu’il réussit à sonder les arcanes du vivant, à en disséquer les rouages, à en ausculter les méandres. Et sur le (petit) plateau du Théâtre de la Colline, le duo Arne Lygre-Stéphane Braunschweig y parvient. D’un côté, elle (Chloé Réjon), de l’autre lui (Manuel Vallade). Seuls dans un appartement dépouillé, lieu d’une passion amoureuse naissante mais déjà si forte. Une histoire qui les coupe progressivement de leur passé, de leur entourage, mais aussi d’eux-mêmes. Pourtant, lui et elle passent le plus clair de leur temps à se regarder vivre cet amour : ils en discutent, l’analysent, le fantasment peut-être, et en viennent à s’isoler. Tout se passe comme si ce couple naissant ne produisait que du discours, sans laisser filer les sentiments, même si elle assure « qu’ils font toujours ce qu’ils disent ».

Avec « Rien de moi », Arne Lygre sort des sentiers battus : plus que l’habituelle destruction du couple, réduit en cendres par le feu de la passion, le dramaturge norvégein s’intéresse aux dommages collatéraux causés par cet amour exclusif et excluant – sur l’ancienne famille qu’elle avait, sur le lien maternel déjà très distendu dont il disposait – mais aussi aux ravages qu’il provoque sur l’individu, en tant qu’entité singulière qui, bien que fondue dans le couple, n’en sort pas moins transformée, et dans ce contexte anéantie.

Le scalpel et le chirurgien

Si l’écriture d’Arne Lygre, puissante et intense, résonne si fortement, ce n’est que par l’osmose que la mise en scène au cordeau de Braunschweig permet : rien n’est en trop, tout est mesuré, millimétré. Le directeur du Théâtre de la Colline s’est posé en chirurgien de la passion, dont le texte de Lygre est le scalpel aiguisé. De ce spectacle, résonneront immanquablement des images et des sensations dans l’esprit et le coeur des spectateurs. Braunschweig n’a fait que sublimer le texte en lui donnant les moyens d’exprimer sa force et son intensité, sans l’écraser.

Mais le duo ne serait rien (ou pas grand chose) sans les deux grandes comédiennes que sont Chloé Réjon et Luce Mouchel. La première, solide roc à fleur de peau, donne magnifiquement la réplique à ses trois autres partenaires ; quand la seconde vient à mi-spectacle servir une prouesse scénique en jouant successivement quatre rôles différents (les deux mères du couple, puis ses deux enfants à elle). Quant à Manuel Vallade, on le retrouve en bien meilleure posture qu’on ne l’avait laissé dans « Aglavaine et Sélysette », même si on sent comme une gêne à jouer dans certaines scènes. Compréhensible dans le cadre d’une première.

Rien de moi d’Arne Lygre, mise en scène par Stéphane Braunschweig au Théâtre de la Colline (Paris), jusqu’au 21 novembre. Durée : 1h20. ****

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