« Liliom », le cirque doux-amer de Jean Bellorini

 

"Liliom" / Crédit photo : Pierre Dolzani.

« Liliom » / Crédit photo : Pierre Dolzani.

Au Théâtre Gérard Philipe, tout commence avec un stand de Barbapapa qui trône dans le hall d’accueil et des bulles qui virevoltent au-dessus du tramway de Saint-Denis. Avant même que la représentation de « Liliom » ne commence, le ton est donné, et il sera poétique. Dès l’entrée en scène des comédiens, cela se confirme : en même temps que le balai des auto-tamponneuses, une atmosphère douce-amère se diffuse et ne se dissipera pas pendant les deux heures que dure le spectacle.

Pourtant, l’histoire de « Liliom » est lourde : celle de ce bonimenteur de foire (Julien Bouanich) qui renonce à son petit boulot auprès de la tenancière de manège, Madame Muscat (Delphine Cottu), pour l’amour d’une jeune bonne, Julie (Clara Mayer). Dans ce contexte d’hyper pauvreté de la banlieue de Budapest, c’est le chômage qui vient heurter de plein fouet le nouveau couple et qui poussera Liliom, futur père rêvant de l’Amérique, à commettre une erreur irréparable.

Petit bonbon acidulé

Mais plutôt que d’en faire un drame insoutenable, Jean Bellorini a décidé d’opter pour la légèreté poétique. D’abord, le metteur en scène, dans les pas de Ferenc Molnár, tient à rappeler et à souligner que, oui, nous sommes bien au théâtre, que tout ce qui se passe sous nos yeux n’est qu’une fiction, que la harpiste ne chante pas vraiment, et que même le numéro de ventriloque des deux anges-policiers – apothéose humoristique du spectacle – est un faux. Face à l’amertume et à la dureté de la situation – qui se prolonge même dans le couple où Liliom n’hésite pas à battre sa femme -, Jean Bellorini préfère s’appuyer sur ce langage franc et bourré d’expressions pour déployer un humour tout en finesse.

Alors, servi par une mise en scène intelligente, le spectacle devient un petit bonbon acidulé à l’image de son antihéros, cet homme, comme le décrit Julie, « dur et tendre à la fois ». Portée par une scénographie magique, l’ambiance à la lisère entre la fête foraine (auto-tamponneuses, grande roue…) et le cirque (comédiens volontairement blanchis, rappelant aisément les clowns…) emporte, envoûte et fait de ce « Liliom » un magnifique moment de théâtre qui signe une entrée en fanfare au Théâtre Gérard Philipe de son nouveau directeur.

Liliom ou La vie et la mort d’un vaurien de Ferenc Molnár, mise en scène de Jean Bellorini au Théâtre Gérard Philipe (Saint-Denis) jusqu’au 12 octobre, puis au Théâtre de l’Odéon du 28 mai au 28 juin 2015. Durée : 2h05. *****
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