A l’Odéon, Bob Wilson transcende « Les Nègres »

"Les Nègres" / Crédit photo : Eric Feferberg.

« Les Nègres » / Crédit photo : Eric Feferberg.

Disons le d’emblée, au Théâtre de l’Odéon, Bob Wilson réalise une prouesse : faire sortir la lumière du sibyllin, enluminer un propos obscur, en un mot transcender un texte de Jean Genet, « Les Nègres », qui pourtant ne manque pas de faiblesse. Ce spectacle fait la démonstration, pourtant hautement improbable, qu’une mise en scène puissamment magique peut venir combler les manquements d’une pièce qui perd le spectateur.

Car la thèse de Genet est aussi emmêlée que la guirlande électrique qui trône sur la scène et la magnifie : que comprendre de ce texte où, comme tente de l’expliquer la bible de présentation du spectacle, Genet « exaspère les tensions entre un pôle rituel hautement formalisé (on y assiste à un procès qui en cache un autre) et un pôle festif, voire carnavalesque (l’auteur qualifiait son œuvre de « clownerie ») » ? Si la langue est belle, le fil conducteur est trop tortueux pour garder seul l’attention du spectateur.

Laisser Genet de côté

Mais ce serait sans compter sur le génie de Bob Wilson et de sa troupe de comédiens (avec une mention spéciale pour Gaël Kamilindi, Kayije Kagame et Armelle Abibou). Tout repose alors sur leurs épaules pour faire de ce spectacle un cabaret jazzy délirant où la musique, la scénographie, la direction de comédiens et les costumes s’imbriquent parfaitement pour créer un univers qui éblouit autant qu’il fascine. Un choc esthétique qui se produit passé le premier quart d’heure, quand le faux-mur qui trône sur la scène se lève enfin et dévoile un décor aussi enchevêtré que minimaliste, dont seul Bob Wilson a le secret.

Le public en prend alors plein la vue et les oreilles. Rapidement, le propos de Genet importe moins que le délire dans lequel Wilson embarque. Si quelques scènes – notamment finales – font émerger une langue non dénuée d’intérêt, ce n’est que parce qu’elle est sublimée par le metteur en scène américain. Il faut se laisser embarquer et séduire par cet atmosphère et laisser la complexité du texte de côté, faire abstraction des méandres sinueux du propos pour ne garder que la beauté, percevoir cette toile comme un chef d’œuvre esthétique dont on ne comprendrait pas toutes les clés. Là aussi est le prix de la magie.

Les Nègres de Jean Genet, mise en scène par Robert Wilson au Théâtre de l’Odéon (Paris), jusqu’au 21 novembre. Durée : 1h40. ****

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