Julien Gosselin, l’alchimiste des « Particules élémentaires »

"Les Particules élémentaires" / Crédit photo : Simon Gosselin.

« Les Particules élémentaires » / Crédit photo : Simon Gosselin.

L’exercice était périlleux : reprendre quinze ans après sa parution Les Particules élémentaires, roman de cette fin de XXe siècle qui a profondément transformé l’ère moderne. Le propos de Michel Houellebecq aurait pu être daté, déjà dépassé, tant les évolutions de ces quinze dernières années sont – encore – venues bousculer l’humanité. Mais il n’en est rien. Aux Ateliers Berthier du Théâtre de l’Odéon, Julien Gosselin parvient à s’approprier le texte romanesque pour en faire du théâtre criant d’actualité et percutant. Pour celui qui se décrit volontiers comme un aficionado de Houellebecq, le pari est réussi et l’alchimie se fait à partir des particules du texte.

Certes, la première heure est poussive. Tout se passe comme si l’ensemble – comédiens, mise en scène, texte – avait besoin d’un tour de chauffe pour préparer les multiples claques qui suivent. Cette présentation successive des personnages, ce décor que l’on se doit de planter, ne fonctionne pas ou peu. Les ressorts pseudo-comiques utilisés par Gosselin font tous flop, exceptée cette séance de yoga surréaliste dans un club hippies des années 1970.

Sarcasme et cruauté

Petit à petit, on se surprend à craindre le pire, mais, dès l’arrivée de Christiane, tout prend du souffle et du coffre. Gosselin attaque alors le dur du propos de Houellebecq, celui qui dresse le tableau de ces hommes et de ces femmes précipités dans le suicide collectif de la société occidentale. Une société gangrenée par l’égoïsme et la dépravation et dont le salut ne viendra que par l’avènement d’une autre entité, asexuée et apaisée, cette « troisième mutation métaphysique » initiée par Michel Djerzinski.

Si le vernis provocateur – surabondance de sexe, vulgarité primaire… – utilisé par Houellebecq dans son écriture peut en rebuter plus d’un à la lecture des Particules élémentaires, Gosselin parvient à le décaper (sans le gommer) et à s’en servir pour mettre en relief la désespérance de l’homme moderne qui le conduira à sa disparition. Le jeune metteur en scène a bien compris que Michel Houellebecq n’est pas le cynique misanthrope que l’on se plait à décrire parfois mais seulement un romancier sarcastique et cruel s’attaquant davantage à la société, prise dans un tourbillon historique inéluctable, qu’aux hommes en eux-mêmes qui ne sont que les prisonniers passifs d’une machine qu’ils ne contrôlent plus et qui les broie.

La scénographie au ton rock, voire punk, et la troupe de comédiens de la compagnie Si vous pouviez lécher mon cœur – notamment les deux comédiennes qui incarnent Annabelle et Christiane – viennent puissamment servir un propos qui n’est plus uniquement houellebecquien, tant Gosselin est parvenu à le faire sien. À 26 ans, digérer un tel roman pour en faire une réussite théâtrale lui promet un bel avenir.

Les Particules élémentaires de Michel Houellebecq, mise en scène par Julien Gosselin, aux Ateliers Berthiers du Théâtre de l’Odéon (Paris) jusqu’au 21 novembre. Durée : 3h50. ****

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