« Go down, Moses », le trip mystique déroutant de Romeo Castellucci

"Go down, Moses" / Crédit photo : Guido Mencari.

« Go down, Moses » / Crédit photo : Guido Mencari.

On sort de « Go down, Moses », la nouvelle création de Romeo Castellucci qui débarque au Théâtre de la Ville, profondément dérouté. Déstabilisé par la beauté des images qui se sont succédées, étourdi par les sons, surpris par la courte durée de la pièce, étonné par le propos. Dans cette succession de tableaux, qui tente, selon la bible du spectacle, de « nouer un lien entre l’histoire des Juifs d’il y a vingt-huit siècles, celle des Afro-Américains appelant à sortir de l’esclavage et la nôtre » à travers « l’appel à Dieu », le message est aussi ambitieux que bas de plafond dans sa réalisation, créant ainsi un décalage perturbant avec la réussite esthétique quasi-totale.

Car, dans l’esthétisme qu’il propose, Castellucci remplit sa mission : il parvient à créer un univers aussi intriguant qu’inquiétant, à émouvoir avec des images et des sons qui, parfois, vont jusqu’au frisson. Mais son spectacle achoppe à l’instant où les mots (et les smileys…) entrent en scène pour tenter d’expliquer, de lier, de tisser une trame. Castellucci cherche à faire sens entre cette femme moderne qui accouche dans un bain de sang et abandonne son bébé dans lequel elle croit voir Moïse, cette turbine qui broit des chevelures comme la machine broit les hommes, cet IRM qui aspire le corps comme un four crématoire, et cette grotte, lieu de vie d’hommes préhistoriques, eux aussi confrontés à la mort d’un enfant, livrés à la déréliction et piégés par ce rideau qui sépare la scène de la salle.

Prétention agaçante

Et, si toutes ces images mises à la suite les unes des autres forment bien un tout, celui d’hommes qui, de tout temps, ont été abandonnés par Dieu, le propos développé par Castellucci est soit trop obscur pour être intelligible, soit trop bête pour être intéressant. On hésite donc entre crier au génie ou à la bêtise tant le texte proposé et sa réception ne sont pas à la hauteur des ambitions affichées par l’auteur et metteur en scène.

Tout n’est qu’évoqué, survolé sur une trop courte durée. En 1h20, Castellucci veut faire le tour d’une question qu’il ne fait qu’à peine effleurer avec une maladresse et une prétention agaçante. Finalement, il aurait mieux valu ne rien comprendre pour se concentrer sur la beauté. Délaisser le propos et faire du pur esthétisme où chacun aurait pu y trouver ce qu’il voulait. Histoire que cette complexité insipide ne vienne pas gâcher l’image et l’appréciation du spectateur.

Go down, Moses, de et par Romeo Castellucci au Théâtre de la Ville (Paris) jusqu’au 11 novembre. Durée : 1h20. **

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