L’impossible « Mission » de Thalheimer

"La Mission" / Crédit photo :  Elisabeth Carecchio.

« La Mission » / Crédit photo : Elisabeth Carecchio.

L’entrée en matière était plutôt alléchante. Sur le plateau du Théâtre de la Colline, tout commence par cette roue qui tourne et emporte autant qu’elle apporte les comédiens sur scène, venus d’une fosse d’où rejaillissent les morts ou les fantômes du passé de Dubuisson, ce révolutionnaire du début des années 1790 qui fantasme tout autant qu’il s’interroge sur la mort de la Révolution, sur la fin de cette mission qu’on lui avait attribuée. Mais, une fois cette entrée en matière actée, Michael Thalheimer bute rapidement sur le texte de Müller.

Le spectacle devient progressivement une mission impossible : celle de donner vie et corps à un propos qui ne manque pas d’intérêt mais est trop nébuleux dans sa construction pour laisser y pénétrer le spectateur. Réelle ou rêvée, cette mission en Jamaïque de trois révolutionnaires, qui devaient porter les valeurs de la Révolution française et abolir l’esclavage au-delà des frontières de l’Hexagone mais subissent un coup d’arrêt quand Bonaparte s’empare du pouvoir, ne prend pas.

Thalheimer piégé par Müller

Émerge de cette tentative avortée toute une série de questions : Pourquoi venir délivrer un peuple asservi qui ne le souhaite pas réellement ? Pourquoi avoir fait couler tant de sang pendant toutes ces années si cela n’aboutit qu’à retomber dans les mains du despote Napoléon ? Qui sont ces traîtres qui ont mis fin au rêve de liberté, d’égalité et de fraternité ?

Si les quatre comédiens présents se donnent du mal, ils patinent, glissant sur l’hémoglobine qui coule à flot, englués dans une mise en scène vieillotte et faussement trash, perdus dans ces instants qui frisent parfois le grotesque créés par Thalheimer. Si la scénographie est réussie, si certaines idées affleurent, on sait bien que cela ne suffit pas pour faire un bon spectacle. La mission de Thalheimer est loin d’être accomplie. Peut-être s’est-il laissé trahir par le texte de Müller qui l’a entraîné dans une mise en scène aux relents du passé.

La Mission d’Heiner Müller, mise en scène par Michael Thalheimer, au Théâtre de la Colline (Paris) jusqu’au 30 novembre. Durée : 1h30. *

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