« Le Misanthrope » version 2014, de gré ou de force

"Le Misanthrope" / Crédit photo : Théâtre de la Bastille.

« Le Misanthrope » / Crédit photo : Théâtre de la Bastille.

Dans la salle du haut du Théâtre de la Bastille, dès l’arrivée, force est de constater que tout a été arrangé : l’espace de jeu se trouve au milieu des spectateurs et de la musique plus ou moins actuelle – des Pointer Sisters à Deluxe en passant par Chinese Man – comme il peut en résonner lors de soirées chez les uns ou chez les autres accueille le public en fond sonore. Marshmallows, clémentines, chips en guise d’amuse-bouches, vin rosé en cubis, vodka ou simple eau plate pour faire passer tout ça… Rien ne porte à croire que l’on vient voir Le Misanthrope – idée résumée en une phrase de lycéen « Non mais attends, c’est ça qu’elle appelle un théâtre la prof » – et pourtant tout commence sans prévenir : Alceste et Philinte débarquent et la langue de Molière résonne. Oui, Le Misanthrope a donc fait un bond de trois siècles et demi pour nous rejoindre.

Moderniser cette pièce dans sa forme tout en gardant le fond, voir comment les vers de Molière peuvent résonner, encore, quelques siècles après… L’idée initiale n’est pas mauvaise, les comédiens non plus d’ailleurs et la compagnie Kobal’t dirigée par Thibault Perrenoud dégage une énergie folle et met du cœur à l’ouvrage. Mais, dans l’exécution, quelque chose sonne un peu faux. Si certains comédiens manient particulièrement bien la langue de Molière et parviennent à s’approprier certains vers, d’autres patinent et semblent réciter et enchaîner un texte qui peine à se faire à ce climat contemporain.

Modernisme forcené

Peut-être aurait-il fallu gommer tous les relents du passé présents dans le texte plutôt que chercher à les cacher derrière des artifices modernes. Car tout se passe comme si la transposition s’était un peu arrêtée en cours de route, comme si l’actualité naturelle du propos en lui-même – que l’on avait pu constater chez un Clément Hervieu-Léger par exemple – peinait à émerger. Finalement, le modernisme va trop loin ou pas assez.

Alors, le spectacle patine et la musique sporadique, des vers parfois maladroitement remis au goût du jour, un Alceste nu, l’Absolut ou le Jack Daniel’s n’y font rien. Là où, au cinéma, Christophe Honoré avait plutôt réussi sa transposition de La Princesse de Clèves dans un lycée, Le Misanthrope ne semble pas s’adapter à ce climat de soirée moderne. Pas à celle-ci en tout cas.

Le Misanthrope de Molière, mise en scène de Thibault Perrenoud, au Théâtre de la Bastille du 18 novembre et 20 décembre. Durée : 1h55. **

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