« You are my destiny », l’auto-exorcisme raté d’Angélica Liddell

"You are my destiny" / Crédit photo : Thierry Pasquet.

« You are my destiny » / Crédit photo : Thierry Pasquet.

Certains artistes utilisent leurs fêlures pour construire leurs œuvres avec le risque, souvent grand, de virer à la séance d’auto-analyse publique. Et c’est le travers dans lequel tombe Angélica Liddell avec « You are my destiny » au Théâtre de l’Odéon.

En se servant du mythe de Lucrèce – cette femme romaine qui se suicide de peur d’être accusée d’adultère après avoir été violée – comme d’un miroir, elle écrit, met en scène et joue dans un spectacle fait pour exorciser ses propres traumatismes, laissant le spectateur complètement à l’extérieur d’un fatras délirant qui provoque plus de rires nerveux que de compassion tant les procédés utilisés frisent souvent le ridicule. Engluée dans un prisme féministe qui fait de l’homme un objet-animal, elle déshabille, frappe, foule aux pieds, torture, se souille avec de la bière, se roule par terre, regarde son téléphone portable pendant de très longues minutes… Les scènes s’enchaînent, l’ennui monte, les spectateurs filent à l’anglaise, les uns après les autres.

La scène transformée en divan

Car, très rapidement, tout se brouille : difficile de comprendre où tout cela veut aller. Enfermée dans un ego-trip mégalomaniaque, renforcé par le manque cruel d’un regard extérieur dû au triptyque – souvent dévastateur – auteur-metteur en scène-comédien, Liddell entrave toute communication possible avec le spectateur et ne fait que lui imposer une séance d’auto-exorcisme hermétique.

Las, l’érudition et la performance scénique des comédiens se perdent dans une provocation inutilement vulgaire. Les images proposées suscitent, à quelques exceptions près (le tableau final et la scène des tambours, notamment) plus de répulsion que de fascination et, plus encore, les scènes où Liddell joue – soit la quasi-totalité du spectacle – sont les moins réussies de l’ensemble. On ne doute pas que l’artiste a des problèmes à régler avec elle-même. Peut-être même pourraient-ils constituer un substrat intéressant pour construire une œuvre intelligible. Mais, tant qu’elle ne sera pas en paix avec son propre passé, espérons qu’elle préfère le divan d’un psychanalyste à la scène d’un théâtre.

You are my destiny, de et par Angélica Liddell, au Théâtre de l’Odéon (Paris) jusqu’au 14 décembre. Durée : 2h20. °

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s