La sublime cruauté des « Légendes de la forêt viennoise »

Geschichten aus dem Wiener Wald (Légendes de la forêt viennoise) / Crédit photo : Arno Declair.

Geschichten aus dem Wiener Wald (Légendes de la forêt viennoise) / Crédit photo : Arno Declair.

Dans une société en perte de repères, écouter les voix de son cœur au détriment des choix que votre entourage vous intime de suivre peut coûter très cher. Tel est l’apprentissage que fait Marianne dans les « Légendes de la forêt viennoise », mises en scène par Michael Thalheimer au Théâtre de La Colline.

Promise à Oskar (Peter Moltzen) qu’elle n’aime pas, Marianne (Katrin Wichmann) décide de s’opposer au choix de son père en se jetant dans les bras d’Alfred (Andreas Döhler), qui joue autant avec le coeur des femmes qu’aux courses de chevaux et dont elle aura un enfant, Léopold. Commence alors pour cette jeune femme un apprentissage douloureux et cruel, une descente aux enfers qui la conduira dans la misère, reniée par son père, abandonnée par son compagnon qui lui préfèrera le doux bruit des billets de banque, persécutée par celui à qui elle était promise et qui l’avait prévenue qu’elle ne pourrait pas échapper à son amour…

L’humanité derrière les masques

Dans ce drame du début des années 1930, Horváth dresse le portrait d’un corps social déboussolé, prêt à se livrer tout entier au nazisme qui gronde : décadence morale, avarice forcenée, conservatisme rétrograde qui voit la femme comme un simple objet… Se dessine alors une société malade, dont l’humanité se perd progressivement derrière des masques chers à Thalheimer – qu’on avait déjà pu voir dans « La Mission » -, et à laquelle Marianne, en affirmant sa liberté de choix, refuse d’appartenir, au prix de sa vie sociale et de son statut.

Pour adoucir cette cruelle persécution, Thalheimer signe une superbe mise en scène qui, soutenue par des comédiens d’une (très) grande qualité, apporte à la pièce une teinte tantôt burlesque, tantôt d’une beauté esthétique qui sublime le propos. Et même quand le texte se met à légèrement patiner, le metteur en scène allemand réussit toujours à le soutenir, sans jamais l’écraser. Une alchimie rare qui lui permet de faire naître cet oxymore, cette sublime cruauté.

Geschichten aus dem Wiener Wald (Légendes de la forêt viennoise), de Ödön von Horváth, mis en scène par Michael Thalheimer au Théâtre de la Colline (Paris) jusqu’au 19 décembre. Durée : 2h10. ****

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