Avec « Roses », Nathalie Béasse déconstruit « Richard III » pour laisser place aux corps

"Roses" d'après "Richard III" de William Shakespeare : Crédit photo : Wilfried Thierry.

« Roses » d’après « Richard III » de William Shakespeare / Crédit photo : Wilfried Thierry.

Faire du neuf avec du (très) vieux. Tel est l’objectif que semble s’être fixé Nathalie Béasse en adaptant (très) librement « Richard III » de Shakespeare, substrat de sa propre création « Roses » à laquelle sa compagnie donne vie au Théâtre de la Bastille. Loin d’être révérencieuse avec le texte, Béasse a choisi de le déconstruire, de le fragmenter pour faire émerger autre chose que ce à quoi on peut s’attendre d’ordinaire avec le dramaturge anglais.

De Richard III, ce Roi sanguinaire, il n’est question qu’en filigrane. Béasse n’a pas choisi de rendre au personnage éponyme sa place de choix mais de s’intéresser plutôt à son entourage, qu’il décime et qui l’inquiète. Comme pour enfoncer un peu plus le clou, à l’aide de ces fragments, le texte passe en arrière-plan. Il ne devient qu’un prétexte au jeu des corps, à la création d’images, à faire théâtre dans tout ce qu’il a de plus dépouillé.

Un autre regard

Car, avant d’être metteur en scène, Nathalie Béasse est une plasticienne et une scénographe. Dans l’utilisation des lumières, du décor, dans le placement des comédiens mais aussi dans le jeu des corps qu’elle leur impose, elle fait émerger un théâtre bien éloigné des canons habituels : les personnages sont tour à tour incarnés par différents comédiens qui se passent les rôles comme on passe les plats. Ici, l’illusion théâtrale est brisée – on explique aux spectateurs qui est qui, les comédiens se demandent qui va jouer Richard, on ne sait plus trop qui doit parler… –  pour laisser place à une recherche esthétique et scénographique, portée par les rondes, les danses et les éléments de décor fait de bric et de broc, ou plus précisément d’animaux empaillés et de plantes vertes en plastique.

Alors, bien sûr, cette recherche aussi captivante soit-elle a les défauts de ses qualités. Le tout manque peut-être de liant, de liens, de fluidité… Certains scènes se finissent en tombant un peu à plat, comme un joli soufflet quand vient l’heure d’ouvrir la porte du four. Mais qu’importe puisque l’essentiel n’est pas là, qu’il faut se laisser prendre par l’énergie déployée par la compagnie, envoûter par le mystère des images, captiver par ce théâtre fait de corps et d’esprit. Quand on s’attaque à un monument shakespearien, il faut trouver une bonne raison, chercher autre chose, une autre voie, un autre regard… Et Nathalie Béasse a trouvé le sien.

« Roses » d’après « Richard III » de William Shakespeare, conçu et mis en scène par Nathalie Béasse, au Théâtre de la Bastille jusqu’au 31 janvier. Durée : 1h30. ***

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