« La Mélancolie des dragons » : la leçon d’espoir poétique de Philippe Quesne

"La Mélancolie des dragons" / Crédit photo : Pierre Grosbois.

« La Mélancolie des dragons » / Crédit photo : Pierre Grosbois.

Ce 7 janvier 2015 au soir, au Théâtre Nanterre-Amandiers, il y a eu du théâtre par gros temps. Pas de ce théâtre qui fait réfléchir sur la société, résonne et s’interroge, mais plutôt de celui qui emmène ailleurs, emporte dans la rêverie, se fait poète. Car, comme l’a dit Philippe Quesne, le metteur en scène et directeur du Théâtre Nanterre-Amandiers, en préambule de son spectacle : « Malgré les évènements de la journée et ce bouleversement qui nous touche tous, c’est, quand même, ce soir, la première de La Mélancolie des dragons ».

Une première ? Pas tout à fait. Philippe Quesne tourne avec cette pièce depuis quelques années, à l’instar de ses personnages, bande de métalleux aux cheveux longs, dont la tournée s’arrête ce soir-là à la lisière d’une forêt, piégés dans leur Citroën AX en rade, à bord de laquelle ils écoutent du hard rock – mais aussi « Il est libre Max » – tout en buvant de la bière et en mangeant des chips. C’est à ce moment-là qu’Isabelle, une cycliste de passage, débarque pour mettre les mains dans le cambouis du moteur, diagnostiquer que la tête de Delco est morte et, surtout, partager avec cette troupe son rêve de parc d’attractions, dont ils cherchent encore le nom…

L’éloge de la simplicité

Toute l’équipe sort de son radeau d’infortune et se met alors en branle pour montrer à Isabelle l’étendue du travail accompli. Ces gentils paumés lui sortent leur grand jeu, fait de bric et de broc, de machine à fumée et de machine à neige, de machine à bulles et de livres sur la mélancolie ou sur les dragons, de bâches gonflables et de texte projeté dans différentes polices d’écriture… Et, si la troupe veut essayer d’impressionner avec ses maigres outils, elle le fait toujours sans aucune prétention, mais avec une fierté et une extrême naïveté, qui prêtent souvent à sourire, voire à rire, et emportent Isabelle qui, sous son t-shirt Metallica, s’émerveille de cet agrégat de petits riens, comme une enfant.

A l’aide de ce « parc d’attractions », qui n’a de parc et d’attractions que le nom, Philippe Quesne donne à voir une poétique des choses simples, qui transparait dans ses personnages, équipage de grands adolescents qui n’ont pas renoncé à leur rêve et croient dur comme fer à une aventure qui, pourtant, n’a rien d’extraordinaire dans sa réalisation. Loin des premiers rires provoqués par la démonstration de ce « parc », le spectateur est progressivement happé par cet univers. Le scepticisme, voire le mépris, que peuvent, de prime abord, susciter ces « pieds nickelés » du théâtre, laissent rapidement la place à l’émotion, au sourire touché et à la beauté de leur sensibilité. Tout se passe comme si cette troupe de gentils paumés faisait de la poésie sans le savoir en croyant à ce projet enfantin et naïf, en poursuivant un rêve qui devient alors réalité. Comme une belle leçon d’espoir, une légère éclaircie par gros temps.

La Mélancolie des dragons, conçu et mis en scène par Philippe Quesne, au Théâtre Nanterre-Amandiers jusqu’au 18 janvier. Durée : 1h20. ****

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