La belle âme du Se-Tchouan de Jean Bellorini

"La Bonne Âme du Se-Tchouan" / Crédit photo : D.R.

« La Bonne âme du Se-Tchouan » / Crédit photo : D.R.

« Donne un poisson à un homme, il mangera un jour. Apprends-lui à pêcher, il mangera toute sa vie ». De ce proverbe chinois, il semble bien que Bertolt Brecht est extrait la substanfique moelle pour écrire sa pièce La Bonne âme du Se-Tchouan. Un texte dont Jean Bellorini s’est emparé et qu’il remonte en ce début d’année 2015 au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis, toujours dans cette veine belle et cruelle qui irriguait déjà son Liliom.

C’est dans cette province montagneuse et pauvre de la Chine continentale qu’un Dieu décide d’atterrir, un soir, à la recherche d’une « bonne âme », qu’il désespère de découvrir à la surface de la Terre. Après moult tentatives infructueuses, Wang, le marchand d’eau, trouve enfin une personne pour héberger cette hôte de marque : il s’agit de Shen Té, la prostituée. Pour la remercier de son hospitalité, le Dieu lui donne 1.000 dollars dont elle se sert pour acheter un débit de tabac. Dans cette province où la misère est reine, cette richesse toute relative va faire des envieux et l’ex-prostituée ne résiste pas à l’appel de ces pauvres qui lui demandent de l’aide, arguant de sa nouvelle situation. S’ensuit alors une longue descente aux enfers où le poids de la misère et des tergiversations amoureuses se feront trop lourds pour les frêles épaules de la jeune Shen Té, devenue « l’ange des faubourgs ».

Vigueur et fraîcheur

Car, loin de vanter l’aide à son prochain, Brecht centre davantage son propos sur ces pauvres profiteurs, comme autant de vampires qui viendraient cannibaliser cette bonne âme qui fait tout pour les aider. En les dépeignant comme des feignants – l’une s’étonne, par exemple, qu’il faut travailler pour manger et avoir un logement – à qui tout serait dû, le dramaturge allemand détonne. Tout se passe comme si les pauvres étaient devenus cette gangrène dont certains parlent, ces parasites handicapant les « honnêtes gens » qui cherchent simplement à s’en sortir… Des pauvres qui, dans une ultime charge, n’exprimeront d’ailleurs aucune reconnaissance envers leur bienfaitrice et iront même jusqu’à mordre la main qui les a nourris. Comme une misère et un système marchand qui viennent corrompre toutes les âmes humaines, sans exception.

Alors, dans cette fable lourde et cruelle, Jean Bellorini a décidé d’instiller de la beauté et de la fraternité. Les chœurs, la complicité entre d’excellents comédiens-orchestre, mais aussi le ton souvent drôle, permettent à la pièce de trouver un peu de force et de vigueur. De légèreté aussi dans un texte de Brecht qui – comme souvent – se révèle à la longue bavard, inutilement didactique, et parfois un brin naïf. On reconnait bien là le regard du metteur en scène qui a à cœur de proposer des pièces au vernis acidulé qui enjolive, sans le déformer, un texte on-ne-peut-plus noir, créant ainsi certaines images qui resteront en mémoire.

La Bonne âme du Se-Tchouan de Bertolt Brecht, mise en scène de Jean Bellorini, au Théâtre Gérard Philipe (Saint-Denis) jusqu’au 18 janvier. Durée : 3h15 avec entracte. ***

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