Un fils d’un autre temps

"Un fils de notre temps" / Crédit photo : Pierre Dolzani.

« Un fils de notre temps » / Crédit photo : Pierre Dolzani.

En ces temps troublés, les mots d’Horváth auraient pu avoir une résonance particulière. La trame de son roman Un fils de notre temps en avait la possibilité. Oui, mais voilà, l’auteur brouille et noie son propos initial dans un bavardage qui nuit à sa transmission et donc à sa réception par le spectateur. Et, bien qu’elle soit jolie et sensible, l’adaptation proposée par Jean Bellorini au Théâtre Gérard Philipe ne parvient pas à le rendre plus audible.

De l’histoire de ce « fils de notre temps », jeune allemand de la fin des années 1930 confronté à la dure réalité du chômage et de la misère, de cet homme qui pense trouver son salut et le sens de sa vie en s’engageant dans une armée qui devient folle, galvanisée par la volonté de puissance nazie et l’annexion de la Tchécoslovaquie, il ressort bien peu de choses. Et pourtant, l’actualité criante aurait pu justifier une analogie avec le sort de ces jeunes qui, confrontés à la misère économique et sociale, se jettent dans les bras du jihad. Malheureusement, c’est loin d’être le cas tant le texte d’Horváth ne parvient pas à tendre vers cette universalité nécessaire à toute grande oeuvre qui souhaite ne pas vieillir et ne pas s’inscrire seulement « dans son temps ». Car, la trame originelle, à la pertinence certaine, se perd dans d’inutiles atermoiements – les amours du jeune homme, notamment – qui viennent considérablement amoindrir la portée du message initial.

Brinquebalant

Si Jean Bellorini signe, une nouvelle fois, une mise en scène qui ne manque ni de sensibilité, ni de beauté, ni d’intelligence, elle se montre trop démonstrative pour sauver le texte : on évoque une bougie, on allume une bougie, un costume militaire voilà qu’on enfile une veste, le froid et de la – fausse – neige se répand instantanément sur le plateau… Il aurait peut-être fallu davantage d’audace pour soutenir un texte qui ne manque pas de faiblesses.

Alors, restent les 4 jeunes comédiens qui, pour cette première, ne déméritent pas tant ils parviennent à incarner tour à tour un seul et unique personnage. Touchants, ils n’en sont pas moins inégaux et la moitié des troupes est en-deçà du niveau qui nous permet d’y croire. Comme une n-ième pièce d’un échafaudage un peu brinquebalant qui, s’il est loin d’être indigent, manque de solidité pour vraiment nous emporter.

Un fils de notre temps de Ödön von Horváth, mis en scène par Jean Bellorini au Théâtre Gérard Philipe (Saint-Denis) jusqu’au 12 janvier, puis en tournée. Durée : 1h35. **

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