Donnellan orchestre un « Mesure pour mesure » au millimètre près

"Mesure pour mesure" / Crédit photo : Sergei Yasir.

« Mesure pour mesure » / Crédit photo : Sergei Yasir.

D’emblée, Declan Donnellan annonce la couleur. En apposant sur la scène du Théâtre des Gémeaux, où il monte « Mesure pour mesure » de William Shakespeare, ces cubes rouge vif au milieu d’un environnement en clair-obscur, le metteur en scène britannique donne la teinte de sa pièce : elle sera radicale et sensuelle, entre le rouge et le noir, entre la noirceur de l’âme et la passion.

Tout se joue donc à Vienne où le duc en fuite cède sa place à Angelo. Le nouveau régent, à la réputation irréprochable, veut nettoyer la ville du libertinage dans lequel elle est enferrée : destruction des maison clauses et emprisonnements pour mœurs légères se succèdent. Claudio fait partie de ces derniers. Condamné pour avoir mis enceinte une femme à laquelle il n’est pas marié, il est promis à la peine de mort. Mais, c’est sans compter sur le charme de sa sœur Isabella, une religieuse qui ne laisse pas Angelo insensible. Sous le regard du duc revenu incognito sous la soutane d’un frère mendiant, le régent offre un pacte faustien à la jeune femme : sa virginité et son honneur contre la vie de son frère.

Comédiens et metteur en scène ne font qu’un

Comme toujours chez Shakespeare, la dure violence des hommes, avides de pouvoir, se mêle à la sensualité des corps et au rire, dans une situation faite d’intrigues qui n’en finissent pas de rebondir. Après une première partie où la pièce se met lentement en place, Donnellan parvient à lui impulser un rythme et un charme nouveaux : la radicalité et la froideur du début laissent soudain la place à des lumières, des danses et un jeu aux accents plus sensuels, comme pour accompagner le tournant qu’opère le texte au moment où l’intrigue prend forme. Le tout avec une simplicité dans le décor et une subtilité dans le jeu qui permettent aux émotions d’affleurer.

Car cette impeccable mise en scène s’appuie sur une grande troupe de comédiens russes qui jouent au millimètre : dans le placement et dans les intentions, rien n’est en trop, tout est calculé, limpide, incarné. Comme une troupe qui fait corps avec son metteur en scène et offre alors une pièce orchestrée à la mesure près.

Mesure pour mesure de William Shakespeare, mis en scène par Declan Donnellan au Théâtre des Gémeaux (Sceaux) jusqu’au 31 janvier. Durée : 1h50. ***

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