Avec « Et balancez mes cendres sur Mickey », Rodrigo Garcia dissèque les restes humains

"Et balancez mes cendres sur Mickey" / Crédit photo : Christian Berthelot.

« Et balancez mes cendres sur Mickey » / Crédit photo : Christian Berthelot.

Les mêmes magasins sans âme, la même nature transformée, la même société uniformisée, les mêmes personnes sans singularité… Avec Et balancez mes cendres sur Mickey qu’il (re)monte au Théâtre de La Commune, Rodrigo Garcia donne à voir cet homme qui s’appauvrit et se perd, ankylosé par une société de consommation qui a allumé en lui de bien piètres moteurs : le désir, l’ennui, la peur et la curiosité.

Accompagné par un dispositif de base on ne peut plus simple – trois comédiens et une multitude « d’ateliers » de l’aquarium, à l’Audi en passant par le bain de boue -, le texte de Garcia, parfois déclamé, souvent uniquement projeté, se déploie en fond de scène pour dire cette fin de l’humain qui se joue sous nos yeux. D’aucuns crieront sans doute à la mise en scène provocatrice – comme d’habitude chez Rodrigo Garcia – sans chercher à aller plus loin, mais ce serait omettre que ces corps nus, ces pots de miels déversés et ces tranches de pain de mie accolées, s’ils peuvent énerver voire choquer, donnent du relief au propos en faisant émerger une provocante poésie, à laquelle se mêle parfois une puissante beauté.

Un combat perdu d’avance

Garcia tire ici la sonnette d’alarme : l’humain s’uniformise, se consume à petit feu, dévoré par une société de consommation, sorte de monstre taiseux qui l’infantilise et l’oblige à faire comme le voisin, le dépouillant de toutes ses convictions, de ses propres envies, de ses propres rêves. Alors, l’homme se trouve englué et régresse, non pas à l’état de nature, qui elle continue d’évoluer, mais, pire, à l’état de bête, dans un environnement où la ruse a pris le pas sur la sagesse.

Sur scène, chaque comédien lutte, seul la plupart du temps, avec un monde – où le langage dévoyé par les politiques n’a plus de sens – qui ne fait que se déverser sur lui, à l’instar de ses rongeurs qui se débattent dans un aquarium et manquent de s’y noyer. Un combat perdu d’avance jusqu’à ce que l’humain parvienne à bout de souffle et qu’il ne reste plus qu’à « balancer ses cendres sur Mickey », symbole d’une société qui l’a tué.

Et balancez mes cendres sur Mickey de et par Rodrigo Garcia, au Théâtre de la Commune (Aubervilliers) jusqu’au 15 février. Durée : 1h15. ****

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