Au Théâtre de l’Odéon, Bondy noircit le calvaire d’Ivanov

"Ivanov" / Crédit photo : Thierry Depagne.

« Ivanov » / Crédit photo : Thierry Depagne.

Arriver à bout de souffle. A 35 ans. Non pas à cause d’une maladie mais par épuisement psychologique. L’ennui qui frappe, l’hypocrisie qui ronge, l’argent qui gangrène, comme autant de maux qui heurtent Ivanov, anti-héros de la pièce éponyme de Tchekhov, montée par Luc Bondy au Théâtre de l’Odéon.

Dans cette Russie de la fin du XIXe siècle chère au dramaturge, Ivanov (Micha Lescot) se débat avec ses démons intérieurs. Marié depuis cinq ans à Anna Petrovna (Marina Hands), une juive convertie par amour et tuée à petit feu par la tuberculose, le propriétaire terrien ruiné ne l’aime plus. Cherchant vaguement un nouveau souffle, il n’hésite pas à abandonner sa femme, au grand dam du médecin Lvov (Yannik Landrein), figure de l’honnête homme, pour se rendre chaque soir chez les Lebedev où leur fille, la jeune Sacha (Victoire du Bois), se languit de lui, plus attirée par les hommes blessés que par les âmes fortes. Mais, dans cette demeure, se réunit une aristocratie russe en déshérence : ruinés pour la plupart, plus médisants les uns que les autres, minés par ces journées qui n’en finissent pas, tous contribuent à former une société où le rejet et la calomnie sont rois, où Ivanov, critiqué en douce, ne se reconnait plus.

En attendant la mort

Et qu’il est complexe cet Ivanov, mi-salop narcissique et arriviste, mi-âme tourmentée en plein « burn out ». De ce paradoxe, qui pousserait au parti-pris radical – comme y invite le Hamlet de Shakespeare entre pure folie et extra-lucidité -, Luc Bondy choisit la nuance et la mesure, cette ligne de faille complexe à emprunter mais qu’il parvient à tenir fermement pendant toute la durée de la pièce. On ne sait plus trop alors que penser d’Ivanov, tiraillé entre l’empathie et le dégoût, entre la compréhension de ses tourments et le rejet de ses actes.

Il faut dire que pour réussir cette impeccable direction d’acteurs, le metteur en scène est servi par une excellente distribution de comédiens, de Micha Lescot à Marina Hands en passant par Ariel Garcia Valdès, Christiane Cohendy ou encore Marcel Bozonnet. Chacun joue sa partition, celle du malade d’une vie abîmée par l’appât du gain, l’antisémistisme et les mondanités, où les valeurs n’ont plus de sens et où chacun cherche à tuer le temps en attendant la mort.

Alors, évidemment, il est toujours possible de pinailler. Le dernier acte est peut-être plus décousu que le reste de la pièce, la fin plus brouillonne qu’on ne l’aurait espéré, les multiples murs du beau décor de Richard Peduzzi un peu trop massifs, voire étouffants, mais si toutes les pièces pouvaient être de cette facture, gageons que nous passerions toujours d’excellentes soirées au théâtre.

Ivanov d’Anton Tchekhov, mis en scène par Luc Bondy au Théâtre de l’Odéon (Paris) jusqu’au 1er mars, puis du 7 avril au 3 mai. Durée : 3h20 (entracte compris). ****

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