Le « Retour à Reims » d’un profil dissonant

"Retour à Reims" / Crédit photo : Simon Gosselin.

« Retour à Reims » / Crédit photo : Simon Gosselin.

Revenir sur les chemins de son enfance, dans ce cocon familial qui assure dit-on sécurité et sérénité, pour se ressourcer et retrouver ses racines que l’on oublie parfois trop rapidement. Rien de tel n’est possible pour un « profil dissonant » comme l’est Didier Eribon, lorsqu’il rend visite sa mère alors qu’il a coupé les ponts avec sa famille depuis si longtemps. Ce retour, l’auteur de Réflexions sur la question gay (Fayard) l’analyse dans un essai autobiographique autant que sociologique, Retour à Reims (Fayard), auquel Laurent Hatat tente de donner vie sur le plateau de la Maison des Métallos.

Quand il arrive chez sa mère (Sylvie Debrun), Didier Eribon (Antoine Mathieu) apprend le récent décès de son père. Un épiphénomène pour celui qui n’avait pas vu son géniteur depuis de nombreuses années, depuis qu’il s’était installé à Paris, depuis qu’il avait rejoint un autre milieu social que le sien. Et pourtant, cette annonce agit comme élément déclencheur d’un retour sur son enfance, sur son milieu d’origine, sur la condition sociale actuelle et passée de ses parents, qui n’a, il faut le dire, pas beaucoup évolué.

Loin d’un mépris de classe qui aurait pu affleurer envers un milieu ouvrier dont il s’est extrait, Didier Eribon cherche plutôt à comprendre. Comprendre pourquoi ce monde ouvrier, sa famille comprise, qui votait jadis pour le « Parti » se tourne dorénavant vers le FN, pourquoi son père n’a jamais été fier de lui qu’en cachette en l’apercevant à la télévision, comment, enfin, il a pu se sortir de là alors que l’ascenseur social est irrémédiablement en panne, plombé par une école qui ne permet plus que la stricte reproduction des élites.

Une adaptation qui pose question

Au centre de ce départ, évidemment, il y a l’homosexualité de Didier Eribon, celle que l’on ne peut pas vivre au grand jour – ou difficilement – quand on habite dans ces petits quartiers de province où se trouvent encore trop souvent des personnes qui ne comprennent pas. En cela, son essai pourrait se rapprocher du livre d’Edouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule. Sauf que, loin de se cantonner à la « question gay », comme il avait pu le faire précédemment, Eribon cherche ici à aller au-delà de la « simple » différence de sexualité, à aller chercher – avec plus ou moins de pertinence – dans les recoins de la sociologie et de la philosophie, en invoquant notamment Sartre et Bourdieu, pour expliquer cette fracture avec son milieu familial.

A partir de cet essai politico-intimiste, Laurent Hatat crée un spectacle à la mise en scène on ne peut plus spartiate faite de quelques lumières, deux ou trois chaises et une table. De l’entourage d’Eribon, ne reste sur le plateau que sa mère, seul membre de sa famille avec qui le lien n’est pas complètement rompu. Une mère en robe à pois et en chandail que Sylvie Debrun interprète d’ailleurs avec justesse, tantôt actrice d’une vie qu’elle défend, tantôt auditrice du discours d’un fils qu’elle cherche à comprendre.

Seulement, lorsque la mise en scène se résume à une simple incarnation de ce qui est écrit, on ne peut pas s’empêcher de se demander pourquoi. Pourquoi, si le texte méritait d’être entendu, ne pas avoir choisi la simple lecture ? Car, finalement, qu’apporte la forme théâtrale à cet essai ? Bizarrement pas grand chose, ou pas de cette façon là.

Retour à Reims, d’après l’essai de Didier Eribon, mis en scène par Laurent Hatat à la Maison des Métallos (Paris) jusqu’au 22 février. Durée : 1h10. **

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