Célie Pauthe s’égare dans la jungle du désir durassien

"La bête dans la jungle" suivi de "La maladie dans la mort" / Crédit photo : Elisabeth Carecchio.

« La bête dans la jungle » suivi de « La maladie dans la mort » / Crédit photo : Elisabeth Carecchio.

La saison passée, on avait laissé Célie Pauthe en bien piètre posture après son adaptation ratée d’Aglavaine et Sélysette de Maurice Maeterlinck. Pourtant, on sait que la metteuse en scène est capable de belles choses comme nous l’ont prouvé son Yukonstyle et, surtout, son Long voyage du jour à la nuit. Mais, en montant ce diptyque autour de l’amour impossible à partir de la nouvelle d’Henry James La bête dans la jungle, suivie de La maladie de la mort de Marguerite Duras, elle peine encore une fois à convaincre.

L’idée de réunir ces deux textes, comme autant de faces d’un désir qui ne parvient pas à se concrétiser, était pertinente. A l’histoire de Catherine Bertram et John Marcher, deux aristocrates anglais du début du XXe siècle qui s’étaient croisés il y a plusieurs années et construisent progressivement une amitié dans l’attente d’un sort mystérieux – cette « bête dans la jungle » – qui viendrait bouleverser la vie du second, succède celle d’un homme au désir anesthésié qui ne parvient pas à profiter pleinement des faveurs d’une prostituée désarçonnée et à assouvir un désir qui lui échappe.

Un vieux musée poussiéreux

A partir de ce substrat, Célie Pauthe réussit à créer une atmosphère vaporeuse et fantomatique grâce à une jolie scénographie de Marie La Rocca, aux magnifiques lumières de Sébastien Michaud et à de lents changements de décor à découvert dans une ambiance claire-obscure qui font partie des moments les plus réussis du spectacle. Le tout est servi par une Valérie Dréville qui évolue dans cet univers avec bien plus d’aisance que John Arnold. Mais, malgré cet angle de vue intéressant, le ton donné aux deux textes est bien trop bourgeois, suranné et froid pour faire mouche. Pourquoi a-t-elle choisi de les adapter comme au début du XXe siècle alors qu’ils se prêtent pourtant à un jeu plus atemporel qui les aurait rapprocher de notre époque ? Las, les pièces s’inscrivent alors dans un vieux musée poussiéreux, joli mais dépassé, avec un jeu si lisse qu’il empêche toute empathie ou compassion.

Si l’assemblage est cohérent tant le texte de Duras peut s’inscrire logiquement dans la suite de celui de James, l’ensemble est quelque peu indigeste et manque cruellement d’aspérités. Peut-être ces deux oeuvres sont-elles trop faibles pour tenir ainsi, sans doute Célie Pauthe s’est-elle un peu dispersée. Qui trop embrasse mal étreint, dit-on. Malgré de bonnes intentions et une véritable lecture, la metteuse en scène est tombée dans ce piège.

La bête dans la jungle, d’après la nouvelle d’Henry James, suivi de La maladie dans la mort de Marguerite Duras, mis en scène par Célie Pauthe au Théâtre de la Colline, jusqu’au 22 mars. Durée : 2h20. *

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