Avec « Hate Radio », Milo Rau invoque les ondes du mal rwandais

"Hate radio" / Crédit photo : Daniel Seiffert.

« Hate Radio » / Crédit photo : Daniel Seiffert.

Dans la droite lignée du travail remarquable de Jean Hatzfeld (Dans le nu de la vie, Une saison de machettes, La stratégie des antilopes), avec son Hate Radio repris au Théâtre Nanterre-Amandiers, Milo Rau donne corps à ses voix co-responsables du génocide rwandais, celles de la Radio des Mille Collines qui, à coup de propagande quasi-publicitaire, ont encouragé le massacre des populations Tutsis. Au micro : Georges Ruggiu, Valérie Bemeriki et Kantano Habimana, comme autant de porte-paroles, entre légèreté et horreur, d’une idéologie génocidaire qui résonne dans les casques et les mini radios fournis au public.

Après avoir donné la parole, via une vidéo, à trois victimes Tutsis et une journaliste venue couvrir les suites des accords de paix d’Arusha, le voile se lève sur le studio de la Radio des Mille Collines. Dans ce bocal, se joue en quasi temps réel, une heure d’antenne entre 21h et 22h, où les flashs infos partisans, les appels au meurtre à peine voilés, le quizz d’histoire de Valérie Bemeriki – porte-voix de ce qu’elle espérait être l’histoire des vainqueurs – et la nécrologie de victimes Tutsis sont entrecoupés d’appels d’auditeurs et de passages musicaux qui détonnent, de I like to move it à Mireille Mathieu, en passant par Nirvana et Le dernier slow de Joe Dassin qui vient clôturer l’émission.

« Tuez-les tous »

Ce qui marque avant toute chose, ce sont le cynisme et la détermination des animateurs, cette haine qui s’entend dans les micros comme elle se lit sur leurs corps, ces instants où ils se trémoussent en studio sur une chanson de zouk à la mode alors que, dehors, les machettes n’en finissent pas de faire des ravages. Les quatre comédiens sont tous plus habités les uns que les autres, même si Bwanga Pilipili (Valérie Bemeriki) remporte la palme de l’horreur dans sa façon de passer de la chaleur d’une réponse téléphonique à un sanguinaire « Tuez-les tous ».

Milo Rau nous propose ici un théâtre documentaire dans ce qu’il a de plus authentique et de plus cruel à la fois. A charge pour le spectateur de prendre conscience, comme le dit une des victimes, que « si un génocide est arrivé une fois, il peut recommencer demain ». Et alors, qu’une nouvelle Radio des Mille Collines pourrait voir le jour pour propager la haine, le mensonge et faire couler le sang. Une sensibilisation, en somme, pour comprendre les rouages du mal et empêcher qu’un tel scénario catastrophe ne se reproduise, à n’importe quel prix.

Hate Radio, de et par Milo Rau, au Théâtre Nanterre-Amandiers jusqu’au 8 mars. Durée : 1h50. ****

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