« Daisy » : Rodrigo Garcia ausculte le poids du quotidien

"Daisy" / Crédit photo : Christian Berthelot

« Daisy » / Crédit photo : Christian Berthelot

Si l’on s’arrête de vivre un instant, rien qu’un tout petit instant, pour prendre le temps de la réflexion et de l’introspection, une seule question vient supplanter toutes les autres : sommes-nous heureux de notre vie ? C’est cette photographie que tente de prendre Rodrigo Garcia dans son spectacle Daisy repris au Théâtre du Rond-Point. Avec son regard acerbe sur notre société et, encore davantage, sur l’homme en tant qu’individu, le metteur en scène hispano-argentin tente de secouer les plus ankylosés, ceux qui d’humain n’ont plus que le nom et possèdent une vie plus proche de celle du mollusque, rongée qu’elle est par le poids des habitudes.

Sur scène, deux comédiens se succèdent, s’entrechoquent et s’entremêlent. Chacun interprète à son tour un moment d’introspection, plus ou moins profond, analytique ou anecdotique. Tout, ou presque, y passe : cet agenda sur lequel depuis 40 ans, pas un seul 24 janvier, il n’aura pu dire qu’il a aimé sa vie ; ces cafards qu’il dresse comme des abeilles, contre l’avis de sa femme ; cette femme qui n’a plus rien de la « salope » qu’il avait connue jadis ; ces amis dont on ne se sert plus que pour médire sur eux une fois qu’ils ont tourné les talons ; ces smileys en guise de réponse à des textos pour lesquels il avait pendant longtemps cherché les mots ; ces mots utilitaristes, fragments d’un langage devenu un moyen comme un autre de consommer, mais plus de communiquer…

Les fantômes des banlieues chics

Sous des atours souvent provocateurs – quoi que Rodrigo Garcia nous avait habitué à plus trash -, le discours et la mise en scène pourraient sembler de prime abord vulgaires, voire bas de plafond. Mais l’enchevêtrement des deux, auxquels s’ajoute la performance de Gonzalo Cunill et Juan Loriente, crée une puissante poésie qui ébranle nos bases. Qu’avons-nous en commun avec cet homme que la vie quotidienne et le poids de la routine semblent avoir rongé petit à petit ? Que faisons-nous pour nous extraire de cela et ne pas ressembler à ces escargots perdus sur un tambour ou à cette tortue piégée dans son bocal d’eau froide ?

Car si les images créées par Rodrigo Garcia peuvent sembler loufoques, elles ne sont que le complément consubstantiel à son propos – comme la « danse » de ce spitz nain, symbole du chien gériatrique par excellence. Elles ne lui en donnent que plus de poids, plus de vigueur et en accroissent la force déstabilisatrice. À tel point que, ragaillardi ou déprimé selon les profils, on ressort de ce spectacle un tantinet bousculé avec une seule idée en tête : ne jamais ressembler à ces fantômes errants dans une banlieue pavillonnaire, si chic et si morne à la fois.

Daisy, de et par Rodrigo Garcia, au Théâtre du Rond-Point jusqu’au 8 mars. Durée : 1h45. ***

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