Tartuffe ou la guerre économique de Benoît Lambert

"Tartuffe ou l'Imposteur" / Crédit photo : DR.

« Tartuffe ou l’Imposteur » / Crédit photo : DR.

Et si finalement Tartuffe n’était pas une histoire de religion mais bien une simple histoire d’argent ? Si cette pièce de Molière que l’on a toujours présentée comme une charge contre le fanatisme religieux n’était qu’un prémice de la lutte des classes à venir ? C’est en tout cas le parti pris par Benoît Lambert au Théâtre de la Commune.

Dans un décor sobre et chic, fait de panneaux noirs ornés de cadres dorés, Orgon (Marc Berman) est tombé en pâmoison devant le puritanisme présumé de Tartuffe (Emmanuel Vérité). Parce qu’il veut en faire son héritier, au grand dam de l’ensemble de sa famille, il décide de se déposséder, y compris de sa fille, pour tout donner à celui qui n’a pourtant de chaste que les atours.

Une nouvelle teinte

Emportée par la belle énergie des comédiens (notamment Martine Schambacher en impayable Dorine) et de la mise en scène, la religion s’efface alors de la pièce de Molière. Dans ce contexte, difficile de s’expliquer pourquoi Orgon est plongé dans cette fascination aveugle pour Tartuffe. Peut-être existe-t-il une certaine dose de paternalisme, peut-être aussi est-ce la seule personne qui affiche de la considération pour lui, peut-être, enfin, sa blancheur d’âme supposée vient-elle du dénuement financier dans lequel Orgon l’a trouvé et qui l’empêche d’avoir été touché par « cet argent qui corrompt ». D’où la fascination du riche « qui s’en veut » pour le pauvre. Comme ces bourgeois contemporains qui se rachètent une conscience en se lançant à corps perdu dans l’humanitaire, parfois à leurs propres dépends. Orgon serait donc moins innocent qu’on ne pouvait le penser de prime abord, comme une victime consentante qui pousserait presque Tartuffe à la faute.

Si la mise en scène de Benoît Lambert ne révolutionne pas le théâtre (ce n’est d’ailleurs pas son ambition), elle est assez efficace pour dépoussiérer et actualiser la pièce de Molière, lui donner une nouvelle teinte qui, dans le contexte actuel, aurait pu très bien se concentrer sur un fanatisme religieux forcené comme sur cette guerre économique intestine. Le metteur en scène a choisi le second parti-pris et l’exécute avec assez de modernité dans le jeu et la scénographie pour que l’ensemble soit convaincant.

Tartuffe ou l’Imposteur, mis en scène par Benoît Lambert, au Théâtre de la Commune (Aubervilliers) jusqu’au 29 mars. Durée : 2h. ***

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