L’écoeurante « Île flottante » de Marthaler

"Das Weisse vom Ei" ("Une île flottante") / Crédit photo : Simon Hallstrom.

« Das Weisse vom Ei » (« Une île flottante ») / Crédit photo : Simon Hallstrom.

Il est de ces (rares) spectacles qui peuvent devenir insupportables. Das Weisse von Ei (Une île flottante), cet assemblage de fragments de textes de Labiche plombés à la sauce Marthaler, fait partie de ceux-là. Ceux devant lesquels on se trouve contraint de rester au prix d’un énervement que l’on peut manifester plus ou moins difficilement, tout (mal) assis que l’on est sur un strapontin du Théâtre de l’Odéon.

Pour composer la trame de son spectacle, le metteur en scène suisse-allemand s’est donc attelé à agglomérer différents morceaux de pièces de Labiche, ou plutôt ce qu’il en reste. Partant de La Poudre aux yeux où deux familles bourgeoises, les Ratinois et les Malingear, cherchent à marier leurs enfants respectifs, Frédéric et Émeline, dont les rencontres répétées font jaser le voisinage, Marthaler donne corps à une guerre d’egos : chacun à leur façon les deux clans cherchent à être plus bourgeois que le bourgeois, histoire de prendre l’avantage dans les négociations serrées qui s’ouvrent – en français pour les Malingear, en allemand pour les Ratinois – pour mener à bien ce projet marital. Dans cette intrigue, précise le programme, le metteur en scène « incorpore délicatement un joli morceau d’Un Mouton à l’entresol, puis saupoudre le tout de délirantes surprises du chef ». Offrant alors un met qui devient rapidement très indigeste.

« Regarde le troisième rang »

Comme souvent chez Marthaler, tout réside dans la déconstruction. Le récit d’habitude si linéaire cède ici la place à un monde de répétitions et de gags qui, mis à la suite les uns des autres, ont la prétention de faire spectacle. Les fragments de textes servant seulement de prétexte à un travail de mise en scène quasi pure qui cherche à dégommer la bourgeoisie. On ne compte pas les (longs) moments de silence, les chutes, pirouettes et autres vents de toutes sortes… Il faut dire qu’on comprendrait presque Marthaler tant les (rares) moments où le texte reprend ses droits ne font qu’abîmer un peu plus le spectacle. Sauf que, tout cela est rapidement très écœurant. Si Marthaler ne manque pas d’intelligence dans ses trouvailles quasi clownesques, il les use jusqu’à la corde, de sorte que, un tant soit peu touché, on en devienne rapidement très énervé.

Dans tout ce fatras gaguesque, restent les comédiens qui, de leur côté, sont excellents. Et, ne l’enlevons pas à Marthaler, bien dirigés. Il agit comme le capitaine d’un bateau qui, alors qu’il dispose d’un équipage solide et docile, envoie quand même le navire valser dans le décor en se trompant de cap. Alors, on ne sera pas (tristement) surpris que, ce soir-là, un des comédiens se félicite lors du salut que la salle soit moins clairsemée que d’habitude. « Regarde le troisième rang » lui répond une comédienne. Il n’y reste en effet que deux personnes… Sachez que, de notre côté, si nous sommes restés, c’est par simple respect pour la qualité de votre propre travail. Rien de plus.

Das Weisse von Ei (Une île flottante) d’Eugène Labiche, Christoph Marthaler, Anna Viebrock, Malte Ubenauf et les acteurs, mis en scène par Christoph Marthaler au Théâtre de l’Odéon (Paris) jusqu’au 29 mars. Durée : 2h20. °

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