« Les Armoires normandes », cette folie caustique des Chiens de Navarre

"Les armoires normandes" / Crédit photo : Philippe Lebruman.

« Les Armoires normandes » / Crédit photo : Philippe Lebruman.

Disons le d’emblée : on ressort des Armoires normandes, la nouvelle création collective des Chiens de Navarre qui se joue aux Bouffes du Nord, dans un état de liesse peu commun après un spectacle. Il faut dire que, pendant près d’1h40, on en voit à peu près de toutes les couleurs tant le miroir caustique à peine déformant présenté par le collectif sonne comme un kaléidoscope réaliste de situations, souvent gênantes, parfois grossies, qu’il nous a tous été donné d’expérimenter un jour.

Parce qu’ils se décrivent eux-mêmes comme de « très mauvais interprètes », les Chiens de Navarre ont une nouvelle fois décidé de construire leur propre pièce. A partir d’une trame de texte à laquelle viennent se greffer de ponctuels moments d’improvisation, se déploie une suite de « sketchs » dont le thème quasi omniprésent est l’amour. L’amour sous toutes ses formes, à tous les âges et à toutes les périodes : de la fougueuse rencontre le long d’un cocotier au divan du conseiller conjugal, en passant par la mariage ou la dispute qui, cette fois, mènera sans doute au divorce. Toutes les facettes sont passées à la moulinette du collectif qui ne lésine pas sur l’énergie et la créativité qu’il engage.

Des sourires sur les visages

Et cette audace caustique, tant elle fait feu de tout bois sans jamais être réellement méchante, fait la plupart du temps mouche dans les rires qu’elle provoque. Que ce soit le calvaire de cette mariée qui subit les grands coups de bassin évocateurs de ses invités pour lui éclater des ballons de baudruche dessus, ce long discours de Charlotte, la vieille bourgeoise de la bande, où elle raconte sa rencontre avec les mariés mais y parle bien moins d’eux que d’elle-même, cette jeune femme qui entre en contact avec son défunt petit ami par l’intermédiaire d’un voyant pour discuter de la couleur du contreplaqué de la cuisine plutôt que de la fin tragique de leur histoire…

Le tout est porté par une belle troupe de comédiens qui ont, cela se voit, un vrai plaisir à jouer et à s’amuser sur scène, avec ces larges sourires qui fendent souvent leurs propres visages. Alors, certes, les sketchs manquent parfois un peu de liant (quel rapport direct entre le Christ sur la croix en prologue, le début de journée difficile d’un homme désœuvré et la suite des hostilités ?), certaines trouvailles textuelles sont quelquefois moins percutantes que d’autres mais, dans un ensemble comico-caustique de si haut niveau, ces petites baisses de régime apparaissent comme des détails bien insignifiants.

Les Armoires normandes, de et par Les Chiens de Navarre, mis en scène par Jean-Christophe Meurisse, au Théâtre des Bouffes du Nord (Paris) jusqu’au 22 mars, puis en tournée : du 2 au 3 avril à Le Carré-Les Colonnes (Saint-Médard-en-Jalles), du 9 au 11 avril aux Théâtres Sorano-Jules Julien (Toulouse), le 16 avril à La Faïencerie (Creil) et du 10 au 13 juin 2015 aux Subsistances (Lyon). Durée : 1h40. ****

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