« Thyestes » : Simon Stone radicalise Sénèque

"Thyestes" / Crédit photo : Jeff Busby.

« Thyestes » / Crédit photo : Jeff Busby.

Disséquer la petite histoire familiale dans la grande histoire mythologique. Telle est la motivation du jeune metteur en scène australien Simon Stone qui s’attaque (librement), au Théâtre Nanterre-Amandiers, au Thyeste de Sénèque, auquel il ajoute d’ailleurs un « s » pour sa propre pièce, Thyestes.

Placés au cœur d’un dispositif scénique bi-frontal, sorte de grande pièce rectangulaire toute de blanc recouverte, trois comédiens (Thomas Henning, Chris Ryan et Mark Winter) s’affairent donc à rejouer la terrible histoire imaginée par le dramaturge romain, cette lutte fratricide pour le trône de Mycènes, où la vengeance semble être la valeur reine. Mais moins que la trame mythologique qui ne fait qu’être racontée entre chaque scène à l’aide de panneaux lumineux, c’est bien sur la déconstruction du noyau familial que Stone a décidé de se pencher, rongé qu’il est par une cascade de maux d’une extrême violence (meurtre, viol, inceste, cannibalisme…).

La violence, sans compromis

Sans faire aucun compromis avec l’esprit du texte initial, Simon Stone cherche néanmoins à l’actualiser. Ainsi, retrouve-t-on des situations on ne peut plus communes : les comédiens en tenue de ville sont accompagnés de smartphones, télévisions et autres rétroprojecteurs qui signalent la volonté de contemporanéité du metteur en scène. D’ailleurs, dans les dialogues refondés, aucun nom, ni lieu n’apparaissent, comme pour mieux dire l’universalité du propos, avec la volonté que tout le monde puisse y trouver son compte.

De cette radicalité, nait une proposition choc emmenée par trois comédiens australiens tous d’excellente tenue. La violence apparaît alors dans ce qu’elle a de plus cru, dans ce laboratoire de la vie que Stone cherche à reconstituer, englué dans les maux de notre société, de l’addiction numérique à l’alcool en passant par un certain mal de vivre. Tout juste regrette-t-on que le metteur en scène nous égare parfois dans ce qu’il veut nous raconter. Le spectateur peut, de temps à autre, se sentir perdu, coincé qu’il est entre le récit initial de Sénèque chronologiquement démembré et les scènes de l’impossible vie fraternelle de Stone. Mais gageons que le metteur en scène emporte au finish son intellect en s’inscrivant dans une veine théâtrale nouvelle.

Thyestes, mis en scène par Simon Stone d’après Thyeste de Sénèque au Théâtre Nanterre-Amandiers jusqu’au 3 avril. Durée : 1h30. ***

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