« La Révolte » un peu trop sage de Marc Paquien

"La Révolte" / Crédit photo : Pascal Victor / ArtComArt.

« La Révolte » / Crédit photo : Pascal Victor / ArtComArt.

Croyez-vous aux morts-vivants ? Pas à ces zombies dévoreurs d’humains que l’on peut voir dans les productions américaines mais plutôt à ces femmes (et à ces hommes) dont le cœur est réduit à son rôle de pompe sanguine, qui sont en réalité déjà morts à l’intérieur, abattus par une vie qu’ils n’ont pas choisie et qu’ils n’avaient pas rêvée ainsi. Élisabeth fait partie de ceux-là et sa révolte, dans un dernier sursaut de fol espoir, est tout l’objet du drame d’Auguste de Villiers de L’Isle-Adam dont Marc Paquien s’empare au Théâtre des Bouffes du Nord.

Depuis 4 ans et cinq mois exactement, Élisabeth (Anouk Grinberg) est mariée à Félix (Hervé Briaux), un homme à l’image de ces bourgeois de la fin du XIXe siècle plus intéressés par l’argent que par leur vie familiale. Alors que minuit sonne, sa femme, cantonnée à son rôle de comptable, est toujours en train de tenir son livre de comptes pour répertorier les investissements de la journée et passer en revue l’ensemble des gains accumulés. Problème : Élisabeth n’en peut plus de cette vie qu’elle n’a, c’est tout le paradoxe, pas l’impression de vivre. Après avoir réglé ses comptes (au sens propre comme au figuré) avec son mari, elle décide de partir dans la calèche qui l’attend au pas de la porte, endossant alors, aux yeux de la société, un rôle de mauvaise épouse et de mauvaise mère pour vivre sa vie de femme.

Un travail de « bon élève »

Si Marc Paquien choisit d’inscrire son spectacle, comme l’y invite le texte, à la fin du XIXe siècle, le propos, s’il ne fait plus scandale aujourd’hui, n’en reste pas moins d’actualité. Qu’ils sont sans doute encore nombreux ces femmes et ces hommes rongés de l’intérieur par une vie dans laquelle ils se sentent à l’étroit, qu’ils ont l’impression de manquer, sclérosés qu’ils sont par le poids du quotidien. Cette ligne de faille psychologique, ce culot de tout plaquer, Anouk Grinberg l’interprète avec une remarquable justesse dans l’émotion, sans tomber dans un pathos de comptoir qui viendrait ternir les qualités évidentes de la pièce. Hervé Briaux, quant à lui, a un jeu beaucoup plus linéaire, contraint sans doute par l’implacable constance de son personnage, qui ne parvient pas à entendre et à comprendre les raisons de la révolte de sa femme.

Mais, si l’ensemble, porté par les belles lumières de Dominique Bruguière, est bien exécuté, le tout est un peu trop propret pour véritablement nous emporter. Le travail de Paquien, s’il ne démérite pas, loin de là, manque d’aspérités, de prises de risques et d’audace… Alors, malgré la pertinence du texte, on éprouve quelques difficultés à être touché par le sort de cette femme, à franchir le seuil de ce spectacle de « bon élève ». A la place d’une sage révolte bourgeoise, on aurait préféré voir une belle révolution.

La Révolte d’Auguste de Villiers de L’Isle-Adam, mis en scène par Marc Paquien au Théâtre des Bouffes du Nord (Paris) jusqu’au 25 avril. Durée : 1h20. **

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