« Blasted » : Bel Kacem surnage dans la violence gratuite de Sarah Kane

"Blasted" / Crédit photo : David Houncheringer.

« Blasted » / Crédit photo : David Houncheringer.

Ausculter la crise, sous nos yeux et dans nos oreilles. Être capable d’entendre les murmures et de sentir les violents errements d’un couple qui se délite, dans cette chambre d’hôtel, transformée en une pièce d’observation, où, grâce à des vitres sans tain, les spectateurs sont réduits à leur simple rôle de voyeurs. Telle est l’expérience que nous propose le metteur en scène et plasticien lausannois, Karim Bel Kacem, en montant, à mi-chemin entre théâtre et cinéma, « Blasted » de Sarah Kane au Théâtre Nanterre-Amandiers.

Tout se passe donc en huis-clos, dans la chambre d’un hôtel de seconde zone où Ian et Cate se retrouvent pour la nuit. Le premier est un journaliste paranoïaque, raciste et sacrément aviné, la cinquantaine, dont les poumons se consument aussi vite que les cigarettes qu’il fume ; la seconde est une jeune femme, paumée, sans travail, au cœur d’une famille que l’on devine compliquée, en déshérence dans cette vie où elle se cherche un but. Leur couple tel qu’il apparaît est on ne peut plus glauque : entre faux amour et vraie passion, on ne sait pas trop ce que ces deux là font ici, ensemble, enfermés comme des rats en cage dans leur histoire commune comme dans leur vie. A cette crise intestine, s’ajoute rapidement un autre conflit, extérieur cette fois, une guerre qui éclate, contre un ennemi indéterminé.

Des fondations fragiles

Pour plonger dans cette déchéance, Bel Kacem opte pour un dispositif scénique novateur : un grand cube à l’intérieur duquel est placée cette chambre. Les spectateurs sont invités à prendre place tout autour, chacun à leur poste d’observation, avec un casque pour seul moyen de contact avec les comédiens. Si ce procédé intrigue et si la scénographie se révèle percutante (avec un très beau travail sur les lumières de Diane Guérin), on ne peut pas en dire autant du texte de Sarah Kane, sorte de magma informe, aussi faible que cruel, irrigué par une violence gratuite (viols à répétition, maltraitance, arrachage d’yeux…) dont rien ne ressort vraiment, ou si peu de choses. Quant à cette guerre mystérieuse, elle ne fait qu’ajouter de la confusion aux personnages mal dessinés et à ce couple mal construit.

Pourtant, malgré ces fondations textuelles fragiles, Bel Kacem arrive à déployer un théâtre fort, où certaines images impriment. On regrettera toutefois un certain manque d’entrain des comédiens (notamment de Jean-Charles Dumay et, dans une moindre mesure, de Bénédicte Choisnet) qui ne parviennent pas à transcender le texte. Ne reste alors que Bel Kacem à qui on ne peut conseiller qu’une seule chose pour sa prochaine création : choisir un autre dramaturge ou, à tout le moins, une autre pièce.

Blasted de Sarah Kane, mis en scène par Karim Bel Kacem au Théâtre Nanterre-Amandiers jusqu’au 19 avril. Durée : 1h30. **

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