« Sœurs » : Mouawad part à la recherche des racines de l’exil

"Soeurs" / Crédit photo : Pascal Gely.

« Soeurs » / Crédit photo : Pascal Gely.

D’aucuns croient à la psychogénéalogie. Cette « science » qui explique certains de nos traumatismes en utilisant ceux de nos ancêtres. Comme autant de poids psychologiques, de fardeaux, qui se transmettent en héritage, de génération en génération. Avec Sœurs au Théâtre de Chaillot, Wajdi Mouawad s’intéresse de près aux causes de l’exil, ce mal qui déracine et pèse sur les épaules des mères, des filles, des sœurs…

A première vue, Geneviève Bergeron (Annick Bergeron) a tout pour être heureuse : une belle situation d’avocate dont le métier consiste notamment à régler des conflits, en tant que médiatrice, à travers le monde. Mais la reluisante façade de femme d’affaires cache une maison intérieure aux fondations fragiles. Alors qu’elle séjourne par une nuit d’hiver à Ottawa, c’est dans la chambre 2121 qu’explose son conflit intime. L’obligation de se réveiller avec un automate en langue anglaise va tout précipiter : relancer et élancer le mal de son propre exil, de cette langue maternelle, le Français, qu’on l’a forcée à délaisser, de cette grande sœur adoptive amérindienne, Irène, qu’on lui a arrachée alors qu’elle n’était encore qu’une petite fille.

Tout en finesse

Pour se lancer à la recherche des racines de cette douleur chronique et profonde, Wajdi Mouawad opte pour une mise en scène toute en finesse, portée par une belle utilisation de la vidéo qui, et c’est remarquable, constitue une pièce essentielle de la dramaturgie et n’est pas qu’un élément scénographique de plus utilisé « pour faire joli ». Autre pièce essentielle : Annick Bergeron, dont la sensibilité à fleur de peau sublime la totalité des rôles qu’elle incarne seule en scène (de l’experte en assurance à la policière, en passant par la femme de ménage et la manager de l’hôtel) . Elle parvient à transmettre, sans pathos excessif, les soubresauts de ce dilemme intérieur fait d’inflexibilité, d’incompréhension et de non-dits familiaux.

Bien qu’en légères dents de scie, la pièce réussit à émouvoir. En tout cas, bien davantage que Seuls que l’on avait pu voir, il y a maintenant quelques temps, sur la même scène de Chaillot et qui constituait le premier opus d’un nouveau cycle, Domestique, lancé par Mouawad. Si on ne retrouve pas encore l’onde de choc d’Incendies, le metteur en scène libano-canadien semble reparti sur de meilleurs rails. On aurait presque hâte de voir la suite de son travail.

Sœurs, de et par Wajdi Mouawad, au Théâtre de Chaillot jusqu’au 18 avril. Durée : 2h10. ****

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