Le « Antigone » sans passion d’Ivo Van Hove

"Antigone" / Crédit photo : Jan Versweyveld/HO/EPA.

« Antigone » / Crédit photo : Jan Versweyveld/HO/EPA.

Il faut avouer qu’on avait laissé Ivo Van Hove en très grande forme avec son superbe Mary Stuart et sa belle troupe de comédiens. Avec Juliette Binoche dans le rôle-titre, le Antigone qu’il livre, sur commande et en anglais, au Théâtre de la Ville, a toutes les difficultés du monde à supporter la comparaison. Mais puisque comparaison n’est pas raison, attachons nous à ce cru qui, disons le d’emblée, manque assez cruellement de saveur.

Pour raconter cette tragédie grecque de Sophocle qu’on ne présente plus, le metteur en scène flamand, comme il en a l’habitude, ne lésine pas sur son dispositif scénique : un immense écran vidéo en guise de mur, tout juste traversé par une porte et par ce beau soleil qui, de l’orangé au blanc très cru, éclaire la pièce avec une tonalité toute particulière. Une pièce dont la nouvelle traduction signée Anne Carson, si elle donne un coup de jeune au texte de Sophocle, ne trahit en rien la puissance et la dramaturgie de l’œuvre originale.

Une Antigone de conservatoire

Seulement, si la mise en scène ne manque pas d’intelligence et de cérébralité, le souffle et le cœur lui font défaut. Ainsi présentée, l’histoire, pourtant déchirante, d’Antigone ne parvient à imprimer, à emporter, à émouvoir. La faute à une trop grande austérité diront certains ? Si peu, tant l’intensité qui pourrait quand même affleurer n’y est pas. La faute, sans doute, et en partie, à Patrick O’Kane (Créon) dont la tyrannie et la folie du pouvoir que supposent le rôle du nouveau dictateur de Thèbes ne se sentent pas suffisamment, à Juliette Binoche aussi qui incarne une Antigone tout droit sortie du conservatoire, avec le surjeu psychologisant que cela suppose.

Alors, ne nous leurrons pas, ce spectacle reste quand même d’une facture globalement très correcte, voire intéressante par moments. Mais, car il a toutes les cartes en main pour le faire, on attendait de Van Hove qu’il transcende véritablement et radicalement la pièce de Sophocle, qu’il y injecte de la passion et de l’intensité. Le pari semble perdu… pour cette fois.

Antigone de Sophocle, mis en scène par Ivo van Hove au Théâtre de la Ville (Paris), jusqu’au 14 mai. Durée : 1h45. **

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