« Play House » : Rémy Barché atomise Barbie et Ken

"Play House" / Crédit photo : Studio Théâtre de Vitry.

« Play House » / Crédit photo : Studio Théâtre de Vitry.

Après la rencontre, la passion et les puissants émois des premiers mois, vient pour les couples – pour autant qu’ils respectent le schéma social pré-établi – le moment d’une décision cruciale : faut-il sauter le pas ? Chacun doit-il quitter son modeste studio pour un appartement un peu plus grand, capable d’accueillir sous le même toit deux personnes qui ont décidé de faire un bout de chemin ensemble ? Le choix est d’autant plus important qu’il est structurant. Nouvelle étape dans une relation, il peut rapidement la transfigurer sous les coups de boutoir répétés de la routine et du quotidien qui, certains ont beau agiter leurs petits bras, s’abattent inexorablement. Martin Crimp a donc choisi, en 13 saynètes, de disséquer les débuts de cette cohabitation. Celle d’un couple idéal qui va rapidement perdre la raison dans cette Play House que Rémy Barché édifie sur le plateau du Théâtre de Belleville.

« Déclaration », « Se brosser les dents », « Nettoyer le réfrigérateur »… En emménageant avec une joie non dissimulée dans leur nouvel appartement, Katrina (Myrtille Bordier) et Simon (Tom Politano), un couple de trentenaires CSP+ très proprets, n’imaginaient sans doute pas ce qui les attendait. Cette monotonie d’une vie à deux qui déconstruit, si l’on n’y prend pas garde, aussi facilement les fondations d’une relation que l’on monte une table Ikea. A partir de situations quotidiennes on ne peut plus banales, tout fout progressivement le camp dans ce laboratoire de la dévitalisation d’un couple, comme une réplique grandeur nature de la maison de poupée de Barbie et Ken qui n’auraient finalement d’idéaux que leurs façades.

Sitcom dérangée

Parce qu’il peut s’appuyer sur deux comédiens impeccables capables de modeler leur jeu (et leurs corps) aux exigences de la pièce et de sa direction d’acteurs, Rémy Barché parvient à créer une ambiance aussi tonique que gentiment foutraque où les situations qui frôlent l’absurde et la démesure sentimentale se succèdent les unes aux autres. Le tout se dotant alors d’un puissant côté « sitcom dérangée », comme on en voit parfois de l’autre côté de l’Atlantique, auquel il est difficile de rester insensible.

Certes, le texte de Crimp, qu’il définit lui même comme une « pièce courte », peut paraître mineur, mais Rémy Barché, désormais habitué au dramaturge britannique, parvient à lui donner du relief, au-delà de la simple anecdote. Comme un travail de mise en scène qui s’approche de l’alchimie où, si on ne parvient pas à saisir toutes les ficelles, le résultat ne laisse pas indifférent.

Play House de Martin Crimp, mis en scène par Rémy Barché au Théâtre de Belleville (Paris) jusqu’au 26 juin. Durée : 50 minutes. ***

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