« Le Chagrin », ou l’amertume de cœur de Caroline Guiela Nguyen

"Le Chagrin" / Crédit photo : Jean-Louis Fernandez.

« Le Chagrin » / Crédit photo : Jean-Louis Fernandez.

Il n’est sans doute d’expérience plus universelle mais, en même temps, plus singulière que celle du deuil. Si, à un moment ou à un autre de sa vie tout un chacun malheureusement l’expérimente, chaque individu le fait à sa façon, parfois incomprise des autres, jusqu’à son propre entourage. Avec Le Chagrin, qui atterrit sur la scène du Théâtre de la Colline, Caroline Guiela Nguyen et sa compagnie, Les Hommes approximatifs, tentent de saisir ces moments si particuliers, juste après la mort d’un proche, où la vie est mise, pour un temps, entre parenthèses.

Dans une maison que l’on devine être celle de leur père défunt, Julie (Chloé Catrin) et Vincent (Dan Artus), accompagnés par leur tante Annie (Violette Garo-Brunel) et par leur amie Sabrina (Caroline Cano), se retrouvent en vue de l’enterrement à venir. Si le fils est resté aux côtés de son père jusque dans les derniers moments, Julie arrive, elle, après la bataille. Cette Parisienne d’adoption, qui a quitté ses terres natales du Sud pour accomplir sa carrière de danseuse au ballet de l’Opéra de Paris, se trouve rapidement mise en accusation par son frère : si une certaine complicité demeure entre eux, il lui reproche d’être partie et de ne venir leur rendre visite que maintenant alors qu’il est trop tard…

Un texte bien trop faible

Comme un clin d’œil à ce retour obligatoire à l’enfance devenue dorénavant orpheline de sa figure tutélaire, Caroline Guiela Nguyen choisit un très beau décor d’Alice Duchange à mi-chemin entre la maison de poupées et celle des horreurs, faite de jouets, peluches et autres emblèmes de l’enfance qui seraient passés à la moulinette d’un bambin un peu trop créatif qui les aurait abîmés, modifiés, transformés. Le tout s’accompagne d’un jeu constant des comédiens avec des sacs de terreau, des pistolets à bulles, de la mousse de vaisselle, de la farine pour faire du faux pain ou encore des paillettes dorées… Comme autant de symboles d’une enfance dont Alice et Vincent doivent, en même temps que de leur père, faire le deuil.

Mais, malgré cet univers si particulier et le jeu touchant et sensible des comédiens, le texte, émanant d’une écriture de plateau, est bien trop faible pour convaincre. Si l’intention, celle de parler, évidemment, de tout sauf de ce qui fâche est compréhensible et réaliste, le « small talk » qui en ressort n’est pas assez riche pour nous emporter. Reste alors les belles intentions des comédiens qui, dans les rares moments textuels et scéniques plus intenses – l’épilogue, la transformation d’Annie, l’aveu de Julie au plombier –, parviennent à nous émouvoir, voire à nous faire légèrement rougir les yeux. Symbole, s’il en fallait un, du talent de Caroline Guiela Nguyen et de cette belle troupe des Hommes approximatifs que nous aurons, malgré tout, plaisir à revoir prochainement.

Le Chagrin par la compagnie Les Hommes approximatifs, mise en scène de Caroline Guiela Nguyen, au Théâtre de la Colline (Paris) jusqu’au 6 juin. Durée : 1h20. **

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