Entre joie et mélancolie, l’ode au multiculturalisme du « Blind Poet » de Jan Lauwers

"The Blind Poet" / Crédit photo : Maarten Vanden Abeele.

« The Blind Poet » / Crédit photo : Maarten Vanden Abeele.

Tout est parti, dit-il, d’une visite à Cordoue, cette ville d’Andalousie où, dans la seconde moitié du premier millénaire, les cultures se sont croisées et entremêlées sans jamais s’entrechoquer. S’inspirant de ce haut-lieu du multiculturalisme européen, Jan Lauwers a décidé d’édifier, en réponse aux thèses nauséabondes de l’extrême-droite qui trouvent actuellement un certain écho dans nos sociétés européennes, une ode aux mélanges des cultures et des identités avec The Blind Poet qu’il monte, pour la première fois, au Kaaitheater de Bruxelles dans le cadre du Kunstenfestivaldesarts.

Plutôt qu’un n-ième spectacle théorique qui aurait manqué sans doute d’originalité tant le sujet parait – bien qu’il soit nécessaire – abondamment traité, Jan Lauwers a fait le choix du concret. Il a donc demandé à sept comédiens de sa Needcompany de monter tour à tour sur le plateau pour nous raconter leur histoire, ou plutôt, pour présenter leurs racines culturelles et générationnelles. Avec, en ligne de mire, un seul et unique but : celui de démontrer que la thèse de l’ « autochtone pur » ne tient pas, que quoi qu’en disent et en pensent certains, tout un chacun est constitué d’un millefeuille culturel qu’il a reçu en héritage. Le metteur en scène flamand s’intéressant alors, contrairement à ses précédents spectacles comme Place du marché 76 et La Chambre d’Isabella, davantage à la construction de l’individu qu’à la dynamique du groupe.

Richesse et unicité

Ainsi, Grace Ellen Barkey, la femme de Jan Lauwers, nous dévoile ses racines indonésiennes, Benoît Gob, ses stratagèmes pour voler de la nourriture chez Delaize pendant que sa mère mimait un malaise dans les rayons, Mohamed Toukabri, la fierté de ses origines tunisiennes, Jules Beckman, sa folle jeunesse américaine… Mais, loin de se contenter de sept portraits comme autant de monologues, Jan Lauwers, tout plasticien qu’il est aussi, agrémente son propos d’images, souvent fortes, de lumières, souvent belles, de musique, souvent revigorante, de folies, souvent surprenantes. Le tout dans une atmosphère toujours à la lisère entre joie et mélancolie, entre sourire et nostalgie, entre fierté et drame.

De sorte que, si certains portraits sont, il faut le dire, plus faibles que d’autres, la plupart nous emportent comme autant d’histoires qui s’entremêlent et ne nous donnent qu’une seule envie : aller fouiller, à notre tour, dans notre passé pour comprendre de quoi nous sommes faits, pour décortiquer cet assemblage de cultures qui fait de chacun d’entre nous des êtres aussi riches qu’uniques.

The Blind Poet de et par Jan Lauwers au Kaaitheater (Bruxelles) jusqu’au 15 mai. Durée : 2h20 (avec entracte). ***

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s