« Uso umano di esseri umani », la claque de Romeo Castellucci

"Uso umano di esseri umani (Usage humain d'êtres humains" / Crédit photo : Luca Del Pia.

« Uso umano di esseri umani (Usage humain d’êtres humains) » / Crédit photo : Luca Del Pia.

Mais où s’arrêtera donc Romeo Castellucci ? Il en avait déjà déstabilisés plus d’un avec son Go down, Moses en début de saison au Théâtre de la Ville. Mais la tentative d’abstraction n’était rien comparée à ce Uso umano di esseri umani (Usage humain d’être humains), qu’il propose à la Byrrhamide de Bruxelles dans le cadre du Kunstenfestivaldesarts.

L’endroit choisi par Castellucci n’est pas anodin tant il est spécial. Perdue dans le fin fond de la banlieue bruxelloise, il faut le vouloir pour trouver cette Byrrhamide et ses entrepôts où se tient un spectacle en trois manches. D’abord, il y a cette salle, avec une forte odeur de soude, qui indispose nombre de spectateurs. Là, quatre hommes en blanc et parés d’un masque à gaz manient avec la plus grande précaution un très grand disque, comparable à une table de la loi. Dessus, se superposent les quatre strates de la Generalissima, cette langue artificielle forgée en 1985 par la Societas Raffaelo Sanzio à partir des langues créoles et de l’Ars Magna de Raimond Lulle. En périphérie, 400 termes que tout un chacun peut comprendre. Puis, à mesure que l’on s’approche du centre, chaque strate se fait plus précise par un jeu de regroupement cognitif : la seconde ne compte que plus que 80 mots, la troisième 16 et la dernière 4 (Agon, Blok, Météore, Apothème), avec lesquels, selon le metteur en scène italien, il est possible de communiquer.

« Uso umano di esseri umani (Usage humain d’êtres humains) » / Crédit photo : Luca Del Pia.

« Uso umano di esseri umani (Usage humain d’êtres humains) » / Crédit photo : Luca Del Pia.

L’art de la performance

De la théorie, Castellucci passe donc à la pratique en proposant à ses spectateurs un exercice en langue Généralissime. Tout part de cet épisode connu des Évangiles, celui de la résurrection de Lazare. Sur le plateau, deux hommes en costume se font face, bientôt rejoints par une troupe de figurants comme autant de fidèles du Christ et autres membres de la famille de Lazare venus assister à la scène. L’un et l’autre débutent donc par ce dialogue, en langue classique, entre Lazare et le Christ, le second voulant redonner vie au premier qui s’y refuse. Puis, quatre exercices en langue Généralissime se succèdent, toujours plus abstraits, toujours plus théoriques, entrecoupés d’images comme seul Castellucci (ou presque) en a le secret…

Si cet exercice sur la langue pourra sembler quelque peu fumeux à certains – n’a-t-on pas entendu des « Mais c’est quoi ce charabia ? » parmi les spectateurs -, la déstabilisation qu’il provoque relève de l’expérience théâtrale dans ce qu’elle a de plus pur. Plus proche de la performance que d’un spectacle classique, Castellucci n’hésite pas à faire travailler intellectuellement ses spectateurs, en les prenant parfois aux tripes, à leur enlever leurs couches superposées comme celle d’un oignon, pour revenir aux origines culturelles, en auscultant les mythes premiers, fondateurs de la civilisation occidentale. Difficilement descriptible tant il est riche de concepts dont chacun aura sa propre interprétation, ce spectacle de Castellucci nous met une claque qu’il faut avoir la chance de prendre en vrai pour en mesurer réellement l’impact.

Uso umano di esseri umani (Usage humain d’êtres humains) de et par Romeo Castellucci, à la Byrrhamide (Bruxelles) jusqu’au 18 mai. Durée : 1h30. ****

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