« De mes propres mains » : Nauzyciel surfe avec brio sur le flow rambertien

"De mes propres mains" / Crédit Photo : Marc Domage.

« De mes propres mains » / Crédit Photo : Marc Domage.

Quand viennent l’heure du noir et du salut, c’est comme si Arthur Nauzyciel était, tout à coup, transfiguré. Le comédien qui, pendant 45 minutes, a revêtu les habits de l’homme fort et sûr de lui, les pieds fermement enracinés dans le sol, enchaînant avec brio la partition concoctée par Pascal Rambert, reprend ses attraits d’homme timide, touchant et à la démarche mal assurée lorsqu’il est rappelé à maintes reprises par les applaudissements des spectateurs du Théâtre des Bouffes du Nord venus assister ce soir là à la re-création de De mes propres mains. Re-création car la texte a déjà vécu. Bien avant le directeur du CDN d’Orléans, Eric Doye en 1992, Charles Berling en 1993 ou encore Kate Moran en 2007 se sont déjà frottés, en solo, à la prose de l’actuel patron du Théâtre de Gennevilliers, aussi dense que complexe à interpréter, obligeant le comédien à réaliser une performance.

Car, encore davantage que Clôture de l’amour ou Répétition, De mes propres mains n’en finit pas de bondir et de rebondir sur lui-même. Dans cette jungle d’idées, comme autant d’éléments qui s’emmêlent, se répondent et conduisent tout aussi irrémédiablement que subrepticement un homme au suicide, il est facile de se perdre. Souvenirs d’enfance, souffrances amoureuses, précédente tentative de suicide avortée par l’intervention de policiers, une halte à Alexandrie ou chez le laitier se confondent comme autant d’instants de vie qui émergent, s’agglomèrent et dont l’homme qui les compile sous nos yeux ne veut plus. A l’heure du bilan, le résultat est si négatif que les perspectives à venir ne provoquent en lui aucun instinct de survie.

Dompter la vague textuelle

Plus habitué aux coulisses qu’aux feux de la rampe, Arthur Nauzyciel réussit néanmoins à habiter totalement la scène des Bouffes du Nord qui apparait pourtant cruellement vide aux yeux du spectateur. Progressivement, il parvient à l’emplir toute entière en performant un texte dans lequel il pourrait s’empêtrer tant le débit est rapide, les faits fulgurants et l’intensité toujours plus forte. Sans décor et sans costume, tout repose donc sur les épaules du comédien, pieds nus, habillé d’un simple t-shirt et d’un jean tout ce qu’il y a de plus commun.

A la manière d’un surfeur qui saurait exactement comment prendre une vague aussi haute qu’un building, Nauzyciel prouve qu’il n’a besoin d’aucun artifice pour surfer avec brio sur le flow rambertien en le domptant et le faisant sien. L’exercice était loin d’être évident, il est tout simplement réussi.

De mes propres mains de et par Pascal Rambert au Théâtre des Bouffes du Nord (Paris) jusqu’au 18 juin 2015, au CDN d’Orléans du 6 au 15 janvier 2016 et au Théâtre de Gennevilliers du 22 au 30 janvier 2016. Durée : 45 minutes. ****

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