Les « Trahisons » trop cérébrales de tg Stan

« Trahisons » / Crédit photo : Paul de Malsche.

Ils nous avaient habitués à les voir jouer « out of the box ». Depuis le temps qu’ils écument les planches, les membres du collectif tg Stan n’en finissaient pas de surprendre et d’émouvoir, d’être là où on ne les attendait pas, de prendre un texte à revers pour lui donner une nouvelle couleur, une autre saveur. Avec Trahisons d’Harold Pinter qu’ils montent au Théâtre de la Bastille, ils ont, il faut croire, décidé de changer de pied, en optant pour un parti-pris qui, s’il ne manque pas d’intelligence, s’enferme dans une cérébralité trop appliquée.

Trahisons se construit autour d’un triangle amoureux comme le théâtre en regorge. La pièce s’ouvre sur les retrouvailles d’Emma (Jolente De Keersmaeker) et Jerry (Robbie Cleiren) qui, alors qu’ils ne se sont pas vus depuis deux ans, décident de renouer le contact. Rapidement, on décèle leur passé commun d’anciens amants réguliers, pendant 7 longues années. Problème : le mari d’Emma, Robert (Frank Vercruyssen), n’est autre que le meilleur ami de Jerry. Pinter décide alors de remonter progressivement le cours de l’histoire jusqu’au premier baiser entre les deux amants pour comprendre et démêler les ressorts des relations qui irriguent ce trio, entre mensonges réciproques et non-dits.

Le plaisir annihilé, l’âme vampirisée

Alors que l’on s’attend à déterrer les fondations d’une passion amoureuse qui se construit au fur et à mesure que s’égrènent antéchronologiquement les années 1970, la fougue habituelle de l’amour naissant se trouve tuée dans l’œuf par le pêché originel de la trahison amicale. Tout se construit donc très froidement entre Emma, Jerry et Robert. Sont-ils vraiment amoureux ? Vraiment amis ? Il semble plutôt que tout plaisir sentimental est quasiment disparu, que le poids des mensonges soit trop lourd pour ne pas étouffer toute relation véritable, qu’elle soit amoureuse ou amicale.

Les membres du collectif flamand décident donc de prendre Pinter au pied de la lettre et, nonobstant quelques bonnes idées (intermèdes musicaux, lumière qui se tamise, verres collectés pour former le décor de la dernière scène…), jouent le texte de façon on ne peut plus sage et révérencieuse. Problème : à trop vouloir coller à cette mort de la passion et du désir, le jeu des comédiens – non dénué de qualités – manque d’intensité et l’ensemble devient terne, atone, presque sans saveur. On en vient même à se demander si les comédiens ne s’ennuient pas un peu sur le plateau, tant tout est dit sur le même ton, tant les déplacements sont poussifs, tant l’ambiance est déprimante. Si l’effet est peut-être voulu, il crée la drôle de sensation d’un spectacle qui se laisse regarder autant qu’il laisse de marbre. A croire qu’à trop vouloir respecter Pinter, tg Stan en a perdu une partie de son âme.

Trahisons d’Harold Pinter, mis en scène par tg Stan au Théâtre de la Bastille (Paris) jusqu’au 5 juillet. Durée : 1h30. **

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