« NO51 Ma femme m’a fait une scène… » : le Teater NO99 face au pouvoir des images

« NO51 Ma femme m’a fait une scène et a effacé toutes nos photos de vacances » / Crédit photo : DR.

Il y a presque quatre ans, Olivier Py, déjà, les avait faits venir en France, au Théâtre de l’Odéon, pour leur déjanté NO83 Comment expliquer des tableaux à un lièvre mort. Depuis, dans l’Hexagone, on avait, avec regrets, perdu la trace des membres de la troupe du Teater NO99. Mais le désormais directeur du Festival d’Avignon a remédié à cet impair en leur demandant de venir, cette année, dans le Gymnase du lycée Aubanel de la Cité des Papes. Dotée d’un titre prometteur (NO51 Ma femme m’a fait une scène et a effacé toutes nos photos de vacances), la pièce entièrement sortie de l’imagination de ce collectif d’Estoniens, en dehors des sentiers battus de la création théâtrale habituelle, a su tenir toutes ses promesses.

D’abord, il y a cet homme, seul, dans sa chambre d’hôtel. On le sent aussi stressé qu’au bord du désarroi tant ses allers-retours sont incessants entre le mini-bar, le lit et la télévision. Mais, tout à coup, à la faveur d’un noir, ce chemin de ronde est interrompu par l’apparition d’un groupe de 7 personnes, toutes affublées d’habits de vacanciers. Chacun armé d’une valise, ils ne savent pas bien ce qu’il font là. L’homme leur explique alors qu’après lui avoir fait une scène de ménage, sa femme a effacé toutes les photos des vacances qu’ils venaient de s’accorder avec leurs deux enfants. Dès lors, il n’a qu’un seul but : rejouer ces scènes disparues à l’aide de ces comédiens d’un jour, dans cette chambre d’hôtel, en les prenant en photo pour en conserver le souvenir. Si la proposition intrigue et déroute d’abord les 7 figurants, ils se prennent rapidement au jeu, jusqu’à prendre totalement le contrôle de l’objectif et transformer la séance photo en un grand délire.

Une énergie débordante comme moteur scénique

Si, de prime abord, ce pitch peut paraître on ne peut plus anecdotique, la pièce dresse en fait l’éloge du pouvoir des images, et notamment de la photographie. Comment mieux immortaliser qu’au travers d’une photo les souvenirs d’un instant pour les faire réémerger plus tard en nous alors qu’ils font désormais partis du passé ? Certains diront qu’ils les prennent dans leur tête, que tout y est imprimé. Oui mais le cerveau est fait de tel sorte qu’il transforme et déforme les souvenirs, en les enjolivant et, surtout, en se séparant des mauvais. C’est une, d’ailleurs, des interrogations soulevées par une des figurantes : à quoi bon vouloir reprendre ces photos si les souvenirs sont imprégnés dans la mémoire du père de famille ? Tout simplement car ces souvenirs sont altérables alors que la photo, elle, ne l’est pas. Même si, et la pièce nous le montre, elle peut aussi être, si nous jouons avec, un miroir déformant de la réalité que nous avons vécue.

Loin de se lancer dans ces considérations au cœur même du texte, la troupe du Teater NO99 fait de l’énergie débordante son moteur scénique. Une fois passées les 20 premières minutes qui peuvent paraître un peu atones, le lâcher prise est total et le shooting se transforme en une immense fête où chacun y va de son cliché, plus ou moins trash, de sa création photographique, plus ou moins élaborée, de la fixation d’un souvenir, plus ou moins fidèle à la réalité. Espérons qu’à l’heure où s’ouvrent les vacances d’été, cela donne envie à certains d’ajouter un brin de folie dans leurs photographies et, du même coup, dans leur mémoire, quitte à enjoliver un tantinet ce qu’ils ont réellement vécu.

NO51 Mu Naine Vihastas (Ma femme m’a fait une scène et a effacé toutes nos photos de vacances) de et par la troupe du Teater NO99 au Gymnase du lycée Aubanel (Avignon) jusqu’au 9 juillet. Durée : 1h30. ****

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Dans le Vivier d’intelligence de Valère Novarina

« Le Vivier des noms » / Crédit photo : Anne-Christine Poujoulat.

Il y a huit ans, il avait eu droit à la Cour d’honneur du Palais des Papes d’Avignon avec L’Acte inconnu qui en avait déjà ravi plus d’un (et auquel il ne manque pas, d’ailleurs, de faire quelques références). Cette fois, Valère Novarina revient avec Le Vivier des noms et ses fidèles comédiens dans l’enceinte du magnifique Cloître des Carmes pour une plongée dans les contreforts d’un langage avec lequel il n’en finit plus de s’amuser.

En s’inspirant, comme il le décrit lui-même, du kyôgen, cet intermède au japonais, Novarina invoque tour à tour, par l’entremise d’une « Madame Loyal » et avec une fulgurance certaine, les centaines de personnages tout droit sortis de son imagination. Sur un sol couvert par ses propres dessins, quelques-uns entrent alors en scène pour prendre corps et délivrer leur message dans une langue que l’on avait vue, par le passé, beaucoup plus hermétique.

Le cerveau frigorifié

Accompagnés le plus souvent par un air d’accordéon (Christian Paccoud), les comédiens prennent un malin plaisir à jouer avec les mots que leur offre sur un plateau le dramaturge franco-suisse. Moins que d’une déconstruction, il s’agit bien d’une réinvention du langage que Novarina propose en parvenant à le désassembler pour mieux le réassembler dans un autre sens, comme les pièces d’un puzzle aux multiples solutions. S’ouvre alors, dans une ambiance de « cirque comique » que le metteur en scène ne renie en rien, un nouvel univers d’intelligence, celui d’un langage comme la forme la plus primitive d’appartenance au règne animal, aux codes dont il est urgent de s’affranchir pour ne pas s’y trouver emprisonné.

Le clou du spectacle arrive sans doute avec les élèves du Conservatoire du Grand Avignon qui viennent, dans un magnifique chœur, soutenir des personnages prêts à mettre à mort l’Homme qui, selon les dires de Novarina, « n’est pas bon », un Homme qui, au regard du dramaturge, s’accorde bien plus d’importance dans le monde qu’il n’en a réellement. Si la pièce s’était arrêtée dans cette apothéose, le public du Cloître des Carmes aurait sans doute bondi comme un seul homme pour offrir un triomphe. Oui, mais voilà, Novarina n’a pas su s’arrêter et nous réembarque, après presque 2 heures de spectacle, dans un nouvel épisode de près de 40 minutes qui vont sembler un peu longues. Abruti par l’horaire tardif, frigorifé par le mistral qui s’est levé ce soir-là sur la Cité des Papes, on en vient malheureusement à décrocher d’un spectacle qui, par son exigence, mérite pourtant une intention de tous les instants pour en saisir chacune des subtilités. Comme un flot d’intelligence qui s’en trouve gâché et qu’on aimerait voir, à l’avenir, un peu plus ramassé.

Le Vivier des noms de et par Valère Novarina au Cloître des Carmes (Avignon) jusqu’au 12 juillet. Durée : 2h40. ***

Py sacrifie « Le Roi Lear » en pleine Cour d’honneur

 

"Le Roi Lear" / Photo : DR.

« Le Roi Lear » / Photo : DR.

Les 20 premières minutes, il faut l’avouer, on s’est demandé si tout cela n’était pas un procès d’intention, si l’on n’avait pas voulu se payer la tête du directeur du Festival d’Avignon, Olivier Py, et de son Roi Lear qu’il monte, comme il en a toujours rêvé, dans la Cour d’honneur du Palais des Papes, si les critiques que l’on avait pu entendre ça et là dans les ruelles de la ville n’avaient pas été un chouïa trop dures contre son spectacle. Et puis, une fois passé ce laps de temps, les choses se sont assez sévèrement compliquées et l’on a vite compris que tout allait aller de mal en pis.

Car, l’entrée en matière, portée par une scénographie intéressante de Pierre-André Weitz, détonne et surprend. Alors qu’il veut passer la main à ses trois filles – Goneril (Amira Casar), Régane (Céline Chéenne) et Cordélia (Laura Ruiz Tamayo) – en divisant son royaume en autant de dots, le Roi Lear (Philippe Girard) demande à chacune d’entre elles une déclaration d’amour filial. Si les deux premières avides de pouvoir s’exécutent, la petite dernière, Cordélia, qui a pourtant les faveurs de son père, s’y refuse, Py la murant dans un pertinent silence qui devient une véritable « machine de guerre ». Face à la faillite du langage et désarçonné par l’attitude de sa benjamine, Lear décide de la déshériter et de la confier à France (Damien Lehman) qui accepte de l’épouser. Dès lors, il demande simplement à ses deux autres filles de l’héberger, à tour de rôle, lui et ses chevaliers… Mais les deux sœurs, ingrates et manipulées, veulent se débarrasser de leur père et poussent progressivement ce Roi sans pouvoir à l’errance et à la folie.

Et Shakespeare disparu…

Pour poursuivre ce qui est sans doute l’une des plus belles pièces de Shakespeare, Olivier Py opte pour la noirceur et la rapidité d’exécution. Tout va vite, très vite, trop vite sans doute, de sorte que, le cœur même de la pièce, à savoir la plongée de Lear dans le sombre univers de la folie, s’en trouve sacrifié. En lieu et place, c’est un amas de scènes qui s’enchaînent à un rythme effréné dont on ne comprend pas trop le sens, ni la visée. Surtout, outre le fond, Olivier Py a choisi de sacrifier la beauté textuelle de la pièce : dites adieu à la traduction poétique de Bonnefoy et subissez celle, outrageusement vulgaire, de Py où la finesse du texte de Shakespeare se trouve noyée dans les jurons.

En fait, et c’est là que le bât blesse, l’ego de metteur en scène de Py, en roue libre, a écrasé le texte du dramaturge anglais. Il ne devient alors qu’un prétexte pour déployer des effets de manche de mise en scène, dont aucun, d’ailleurs, ne peut prétendre réellement émouvoir. Si elle est souvent hurlée, voire braillée, par des comédiens mal dirigés, la langue n’en est que plus inaudible. Py voulait travailler sur la disparition du langage ? Il a fait mieux en réussissant à faire disparaître le texte. Autant dire qu’on lui en veut un tout petit peu.

Le Roi Lear de William Shakespeare, mis en scène par Olivier Py, dans la Cour d’honneur du Palais des Papes (Avignon) jusqu’au 12 juillet, puis du 1er au 18 octobre au Théâtre des Gémeaux (Sceaux). Durée : 2h30. *

« Des arbres à abattre » : Lupa explore la forêt décimée de Thomas Bernhard

 

« Wycinka Holzfällen (Des arbres à abattre) » / Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

 

Au théâtre, il suffit parfois d’un petit rien pour que tout bascule, d’un micro HF qui fait des siennes pour que l’instant scénique prenne une toute autre dimension. Alors qu’il disserte sur les difficultés à incarner le rôle d’Ekdal dans Le Canard sauvage, l’acteur du Théâtre national (Jan Frycz) doit faire face à un imprévu : à chaque mouvement de tête, son micro émet un « poc » sonore qui pollue sa démonstration. D’un coup, involontairement, à la table des Auesberger où ce qui se veut être le gratin de l’intelligentsia viennoise est réuni, la forme se trouve mêlée au fond et Jan Fryzc est mis en abime à son corps défendant. Face à ce contre-temps, le public s’amuse et soutient les comédiens qui tentent tant bien que mal de ne pas mettre en péril la mécanique bien huilée de la mise en scène Des arbres à abattre de Thomas Bernhard que Krystian Lupa propose à La Fabrica d’Avignon avec finesse, élégance et justesse. Preuve de leur talent qui irrigue d’ailleurs magnifiquement l’ensemble du spectacle : ce petit « incident » est bien vite maitrisé et tout rentre très rapidement dans l’ordre.

Près de 20 ans après les avoir quittés, dans les années 1950, Thomas Bernhard  (Piotr Skiba) revient donc chez les Auesberger pour participer à un de leur « dîner artistique ». L’ambiance entre les convives est on ne peut plus lourde : Joana, une des leurs, vient de se suicider et tous reviennent de l’enterrement de celle que plus personne ne côtoyait pourtant vraiment. Là, dans l’attente de l’arrivée de l’acteur du Théâtre national, chacun y va de son anecdote sur la défunte, prétexte le plus souvent à un monologue sur sa propre condition, sur ses prétendues avancées artistiques en cours. Bernhard, qui se tient à l’écart, commente ce qui ressemble à un simulacre de café mondain et dresse un portrait au vitriol de ces intellectuels déchus qu’il a autrefois tant aimés et qu’il dit profondément haïr aujourd’hui, qui se réunissaient hier pour créer et aujourd’hui pour détruire.

Un propos délayé

Loin de se contenter d’adapter à la lettre ce long dialogue sans interruption de Thomas Bernhard, Krystian Lupa le déconstruit et le reconstruit à sa façon pour dresser, en creux, son propre réquisitoire contre l’intelligentsia actuelle, contre ces soit-disants intellectuels qui ne sont bons que pour la critique du travail des autres alors qu’ils ne parviennent même pas à l’aboutissement du leur. Pour ce faire, il déploie de belles trouvailles scénographiques et mêle théâtre et cinéma pour raconter l’enterrement de Joana (à laquelle il donne vie) et élaborer quelques apartés, notamment entre James (Michal Opaliński) et Joyce (Adam Szczyszczaj), deux jeunes auteurs insupportables, représentants d’une jeune garde bien terne. Surtout, son utilisation au décibel près des micros HF crée une ambiance faite de murmures et de soupirs, où personne ne s’écoute vraiment.

Si globalement, outre les gémissements intempestifs et peu audibles du metteur en scène polonais assis en marge du public et armé d’un micro, la mise en scène est de très bonne facture, on regrette simplement que Lupa délaie un peu trop son propos dans de longs bavardages, que l’on doit sans doute en partie à Thomas Bernhard. Après l’entracte, nonobstant deux ou trois fulgurances (la scène du dîner, la tension à son paroxysme entre les convives alcoolisés…), on en vient même à espérer, de façon surprenante, que tout cela se termine assez promptement. Ce qui pourrait être une claque magistrale se transformant alors en une simple gifle.

Wycinka Holzfällen (Des arbres à abattre), d’après Thomas Bernhard, mis en scène par Krystian Lupa à La Fabrica (Avignon) jusqu’au 8 juillet. Durée : 4h20 (entracte compris). ***

Serebrennikov lance ses « Idiots » à l’assaut de Poutine

« Les Idiots » / Crédit photo : Gogol Center.

L’expression « imbécile heureux » n’a sans doute jamais trouvé illustration plus concrète. Souvent utilisée péjorativement, elle se trouve réhabilitée dans Les Idiots de Lars Von Trier, dont Kirill Serebrennikov s’empare pour échafauder son propre spectacle qu’il monte dans la Cour du Lycée Saint-Joseph d’Avignon dans le cadre du Festival. Dans un monde matériellement de plus en plus riche, comment expliquer que si peu de gens aient véritablement trouvé le bonheur, comme le déplore le metteur en scène russe dans son texte ? Von Trier et Serebrennikov échafaudent une solution, en forme d’utopie, contre ce mal sournois : se tourner vers son « idiot intérieur » pour combattre la bêtise ambiante.

Quand Karina (Oksana Fandera) débarque dans cette communauté, il est peu de dire qu’un temps d’adaptation lui est nécessaire pour comprendre ce qui se trame. Elle ne parvient pas à saisir pourquoi tous ces gens qui composent ce petit groupe atypique « jouent » aux idiots. Affublés chacun d’un nom d’emprunt (Madame, Pixel, Kuba, Doc ou encore Pasha), les uns et les autres se font en effet plus bêtes qu’ils ne sont réellement dans un joyeux délire où chacun semble heureux et y trouver son compte. De l’environnement extérieur, tout y passe : les selfies, ces gens qui filment le moindre « évènement » avec leur smartphone, le logiciel de transformation de photos PhotoBooth, les LOL Cats, les shows dénudés par webcams interposées, les propriétaires petits-bourgeois… sans oublier, bien sûr, le Kremlin et son principal locataire, Vladimir Poutine, dont les méthodes de gouvernement autoritaires sont tout au long de la pièce pointées du doigt.

Opération coup de poing

Kirill Serebrennikov a choisi de transposer la trame du film de Lars Von Trier dans la Russie actuelle pour faire de ce groupe un collectif de résistants contre les maux de la Russie poutinienne. Homophobie violente, évocation de la répression des Pussy Riot, démocratie bafouée, procès arbitraires… Le tableau dressé par le metteur en scène russe est on ne peut plus sombre.

Mais, dans cette opération coup de poing amère et salutaire, c’est bien le jeu de ces « idiots », tous talentueux (avec quelques mentions spéciales pour Filipp Avdeev, Yulia Aug et Ilya Romashko), qui parvient à émouvoir. S’ils surprennent et désarçonnent au début, ils n’en deviennent que plus touchants ensuite. De sorte qu’on en vienne à se demander qui sont réellement les « idiots » de l’histoire, à prendre parti pour ceux qui ont inventé, tout simplement, une nouvelle forme de résistance.

Les Idiots, d’après le film de Lars Von Trier, mis en scène par Kirill Serebrennikov dans la Cour du Lycée Saint-Joseph (Avignon) jusqu’au 11 juillet. Durée : 2h40. ****

Ostermeier plonge dans les ténèbres de « Richard III »

« Richard III » / Crédit photo : Arno Declair.

Dès les premières minutes du spectacle, Thomas Ostermeier annonce la couleur : ce Richard III sera aussi sombre que fougueux, nous emportant, à mesure que la pièce se construit, dans une dure folie. La fête introductive, où les paillettes volent à travers la salle, est un concentré de cette terrifiante décadence. Un parti-pris qui, porté par les comédiens de la Schaubühne, avec Lars Eidinger – une nouvelle fois – dans le rôle-titre, déborde de virtuosité.

Richard III fait suite à Henry VI, la pièce-fleuve de Shakespeare à laquelle Thomas Jolly s’est récemment attelé. On retrouve donc Édouard, le fils du défunt duc d’York, sur le trône d’Angleterre. Affaibli par la maladie et sous l’influence de sa femme Elisabeth, sa place fait des envieux au sein du royaume. Lourdement handicapé, à la limite de la diformité, son frère Richard, le meurtrier d’Henry VI, décide de se lancer à la conquête du pouvoir, à défaut, dit-il, de pouvoir un jour prétendre aux plaisirs de la chair. Par une subtile fourberie qui rendrait jaloux n’importe quel politicien contemporain, il parvient à progressivement semer la zizanie et à répandre le sang au sein de la famille royale, aidé par des alliés toujours prompts à retourner leur veste.

Aucun instant de répit

Pour plonger dans les ténèbres de ce Richard III, Thomas Ostermeier choisit de s’inscrire dans la droite ligne de son Hamlet. Épaulé par le formidable Lars Eidinger, qui confère à son personnage une dimension mi-monstre mi-rock star, le directeur de la Schaubühne déploie une esthétique et une ambiance chargées de noirceur qu’il maîtrise parfaitement. Dans cette atmosphère, les comédiens du théâtre berlinois débordent d’énergie et d’aisance, et offrent une plongée fougueuse dans les méandres et les vicissitudes des basses âmes humaines.

Toujours aidée par la vidéo que le metteur allemand utilise avec une rare justesse et par un batteur qui, en contrebas du plateau, dynamise encore un peu plus l’ensemble, la pièce n’offre aucun instant de répit au spectateur. Sans relâche, Richard nous emporte avec lui dans sa folie complotiste, dans laquelle on plonge d’ailleurs avec un plaisir non dissimulé. Alors, s’il est peut-être un peu tôt pour le couronner meilleur metteur en scène de ce Festival d’Avignon, gageons que Thomas Ostermeier a, à tout le moins, encore une fois, frappé un grand coup.

Richard III de William Shakespeare, mis en scène par Thomas Ostermeier à l’Opéra Grand Avignon jusqu’au 18 juillet. Durée : 2h30. *****