Serebrennikov lance ses « Idiots » à l’assaut de Poutine

« Les Idiots » / Crédit photo : Gogol Center.

L’expression « imbécile heureux » n’a sans doute jamais trouvé illustration plus concrète. Souvent utilisée péjorativement, elle se trouve réhabilitée dans Les Idiots de Lars Von Trier, dont Kirill Serebrennikov s’empare pour échafauder son propre spectacle qu’il monte dans la Cour du Lycée Saint-Joseph d’Avignon dans le cadre du Festival. Dans un monde matériellement de plus en plus riche, comment expliquer que si peu de gens aient véritablement trouvé le bonheur, comme le déplore le metteur en scène russe dans son texte ? Von Trier et Serebrennikov échafaudent une solution, en forme d’utopie, contre ce mal sournois : se tourner vers son « idiot intérieur » pour combattre la bêtise ambiante.

Quand Karina (Oksana Fandera) débarque dans cette communauté, il est peu de dire qu’un temps d’adaptation lui est nécessaire pour comprendre ce qui se trame. Elle ne parvient pas à saisir pourquoi tous ces gens qui composent ce petit groupe atypique « jouent » aux idiots. Affublés chacun d’un nom d’emprunt (Madame, Pixel, Kuba, Doc ou encore Pasha), les uns et les autres se font en effet plus bêtes qu’ils ne sont réellement dans un joyeux délire où chacun semble heureux et y trouver son compte. De l’environnement extérieur, tout y passe : les selfies, ces gens qui filment le moindre « évènement » avec leur smartphone, le logiciel de transformation de photos PhotoBooth, les LOL Cats, les shows dénudés par webcams interposées, les propriétaires petits-bourgeois… sans oublier, bien sûr, le Kremlin et son principal locataire, Vladimir Poutine, dont les méthodes de gouvernement autoritaires sont tout au long de la pièce pointées du doigt.

Opération coup de poing

Kirill Serebrennikov a choisi de transposer la trame du film de Lars Von Trier dans la Russie actuelle pour faire de ce groupe un collectif de résistants contre les maux de la Russie poutinienne. Homophobie violente, évocation de la répression des Pussy Riot, démocratie bafouée, procès arbitraires… Le tableau dressé par le metteur en scène russe est on ne peut plus sombre.

Mais, dans cette opération coup de poing amère et salutaire, c’est bien le jeu de ces « idiots », tous talentueux (avec quelques mentions spéciales pour Filipp Avdeev, Yulia Aug et Ilya Romashko), qui parvient à émouvoir. S’ils surprennent et désarçonnent au début, ils n’en deviennent que plus touchants ensuite. De sorte qu’on en vienne à se demander qui sont réellement les « idiots » de l’histoire, à prendre parti pour ceux qui ont inventé, tout simplement, une nouvelle forme de résistance.

Les Idiots, d’après le film de Lars Von Trier, mis en scène par Kirill Serebrennikov dans la Cour du Lycée Saint-Joseph (Avignon) jusqu’au 11 juillet. Durée : 2h40. ****

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