Py sacrifie « Le Roi Lear » en pleine Cour d’honneur

 

"Le Roi Lear" / Photo : DR.

« Le Roi Lear » / Photo : DR.

Les 20 premières minutes, il faut l’avouer, on s’est demandé si tout cela n’était pas un procès d’intention, si l’on n’avait pas voulu se payer la tête du directeur du Festival d’Avignon, Olivier Py, et de son Roi Lear qu’il monte, comme il en a toujours rêvé, dans la Cour d’honneur du Palais des Papes, si les critiques que l’on avait pu entendre ça et là dans les ruelles de la ville n’avaient pas été un chouïa trop dures contre son spectacle. Et puis, une fois passé ce laps de temps, les choses se sont assez sévèrement compliquées et l’on a vite compris que tout allait aller de mal en pis.

Car, l’entrée en matière, portée par une scénographie intéressante de Pierre-André Weitz, détonne et surprend. Alors qu’il veut passer la main à ses trois filles – Goneril (Amira Casar), Régane (Céline Chéenne) et Cordélia (Laura Ruiz Tamayo) – en divisant son royaume en autant de dots, le Roi Lear (Philippe Girard) demande à chacune d’entre elles une déclaration d’amour filial. Si les deux premières avides de pouvoir s’exécutent, la petite dernière, Cordélia, qui a pourtant les faveurs de son père, s’y refuse, Py la murant dans un pertinent silence qui devient une véritable « machine de guerre ». Face à la faillite du langage et désarçonné par l’attitude de sa benjamine, Lear décide de la déshériter et de la confier à France (Damien Lehman) qui accepte de l’épouser. Dès lors, il demande simplement à ses deux autres filles de l’héberger, à tour de rôle, lui et ses chevaliers… Mais les deux sœurs, ingrates et manipulées, veulent se débarrasser de leur père et poussent progressivement ce Roi sans pouvoir à l’errance et à la folie.

Et Shakespeare disparu…

Pour poursuivre ce qui est sans doute l’une des plus belles pièces de Shakespeare, Olivier Py opte pour la noirceur et la rapidité d’exécution. Tout va vite, très vite, trop vite sans doute, de sorte que, le cœur même de la pièce, à savoir la plongée de Lear dans le sombre univers de la folie, s’en trouve sacrifié. En lieu et place, c’est un amas de scènes qui s’enchaînent à un rythme effréné dont on ne comprend pas trop le sens, ni la visée. Surtout, outre le fond, Olivier Py a choisi de sacrifier la beauté textuelle de la pièce : dites adieu à la traduction poétique de Bonnefoy et subissez celle, outrageusement vulgaire, de Py où la finesse du texte de Shakespeare se trouve noyée dans les jurons.

En fait, et c’est là que le bât blesse, l’ego de metteur en scène de Py, en roue libre, a écrasé le texte du dramaturge anglais. Il ne devient alors qu’un prétexte pour déployer des effets de manche de mise en scène, dont aucun, d’ailleurs, ne peut prétendre réellement émouvoir. Si elle est souvent hurlée, voire braillée, par des comédiens mal dirigés, la langue n’en est que plus inaudible. Py voulait travailler sur la disparition du langage ? Il a fait mieux en réussissant à faire disparaître le texte. Autant dire qu’on lui en veut un tout petit peu.

Le Roi Lear de William Shakespeare, mis en scène par Olivier Py, dans la Cour d’honneur du Palais des Papes (Avignon) jusqu’au 12 juillet, puis du 1er au 18 octobre au Théâtre des Gémeaux (Sceaux). Durée : 2h30. *

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