Dans le Vivier d’intelligence de Valère Novarina

« Le Vivier des noms » / Crédit photo : Anne-Christine Poujoulat.

Il y a huit ans, il avait eu droit à la Cour d’honneur du Palais des Papes d’Avignon avec L’Acte inconnu qui en avait déjà ravi plus d’un (et auquel il ne manque pas, d’ailleurs, de faire quelques références). Cette fois, Valère Novarina revient avec Le Vivier des noms et ses fidèles comédiens dans l’enceinte du magnifique Cloître des Carmes pour une plongée dans les contreforts d’un langage avec lequel il n’en finit plus de s’amuser.

En s’inspirant, comme il le décrit lui-même, du kyôgen, cet intermède au japonais, Novarina invoque tour à tour, par l’entremise d’une « Madame Loyal » et avec une fulgurance certaine, les centaines de personnages tout droit sortis de son imagination. Sur un sol couvert par ses propres dessins, quelques-uns entrent alors en scène pour prendre corps et délivrer leur message dans une langue que l’on avait vue, par le passé, beaucoup plus hermétique.

Le cerveau frigorifié

Accompagnés le plus souvent par un air d’accordéon (Christian Paccoud), les comédiens prennent un malin plaisir à jouer avec les mots que leur offre sur un plateau le dramaturge franco-suisse. Moins que d’une déconstruction, il s’agit bien d’une réinvention du langage que Novarina propose en parvenant à le désassembler pour mieux le réassembler dans un autre sens, comme les pièces d’un puzzle aux multiples solutions. S’ouvre alors, dans une ambiance de « cirque comique » que le metteur en scène ne renie en rien, un nouvel univers d’intelligence, celui d’un langage comme la forme la plus primitive d’appartenance au règne animal, aux codes dont il est urgent de s’affranchir pour ne pas s’y trouver emprisonné.

Le clou du spectacle arrive sans doute avec les élèves du Conservatoire du Grand Avignon qui viennent, dans un magnifique chœur, soutenir des personnages prêts à mettre à mort l’Homme qui, selon les dires de Novarina, « n’est pas bon », un Homme qui, au regard du dramaturge, s’accorde bien plus d’importance dans le monde qu’il n’en a réellement. Si la pièce s’était arrêtée dans cette apothéose, le public du Cloître des Carmes aurait sans doute bondi comme un seul homme pour offrir un triomphe. Oui, mais voilà, Novarina n’a pas su s’arrêter et nous réembarque, après presque 2 heures de spectacle, dans un nouvel épisode de près de 40 minutes qui vont sembler un peu longues. Abruti par l’horaire tardif, frigorifé par le mistral qui s’est levé ce soir-là sur la Cité des Papes, on en vient malheureusement à décrocher d’un spectacle qui, par son exigence, mérite pourtant une intention de tous les instants pour en saisir chacune des subtilités. Comme un flot d’intelligence qui s’en trouve gâché et qu’on aimerait voir, à l’avenir, un peu plus ramassé.

Le Vivier des noms de et par Valère Novarina au Cloître des Carmes (Avignon) jusqu’au 12 juillet. Durée : 2h40. ***

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